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Heidi, du roman au mythe

Elisabeth Sigmund et Heinrich Gretler, dans un film de 1952. Institut suisse de littérature pour la jeunesse, Zurich

Heidi est de retour cet été à l'occasion du 100ème anniversaire de la mort de son auteur, la Zurichoise Johanna Spyri. Toute cette semaine nous allons suivre ses traces. En découvrant aujourd'hui, en compagnie de l'ethnologue genevois Christophe Gros, comment la petite montagnarde suisse est devenue un phénomène mondial.

Ce contenu a été publié le 24 juillet 2001 - 14:31

C'est une histoire toute simple: à la fin du XIXe siècle, une petite orpheline est placée par sa tante chez son grand-père, qui vit seul, sur un alpage dans les Grisons. Puis cette tante vient enlever Heidi pour l'emmener à Francfort, dans une famille de la grande bourgeoisie, afin de tenir compagnie à une fillette paralytique.

Mais Heidi a le mal du pays et tombe malade. Elle retourne chez son grand-père, fait venir Clara, qui est devenue son amie. Et le miracle se produit: une fois à la montagne, la malade guérit et Heidi amène son grand-père et les gens du village à se réconcilier.

Le Harry Potter de la fin du XIXème siècle

Ce conte paraît en 1880 et il se transforme immédiatement en phénomène littéraire. «Le succès est tel, dès le départ, que cela devient très rapidement un mythe», explique Christophe Gros, ethnologue genevois, spécialiste de la région alpine.

Succès dans l'espace germanophone, mais aussi aux Etats-Unis, dès la traduction en anglais du roman, en 1884. Une édition française l'a précédé deux ans auparavant.

Si l'histoire touche, c'est notamment parce qu'elle est riche en symboles. A l'exemple de Heidi, héritière d'une longue tradition, celle qui célèbre les bienfaits de la montagne. «Elle apporte un témoignage de santé, de propreté et de vitalité, précise Christophe Gros. Elle réussit à traverser les obstacles, avec un esprit à la fois espiègle et vertueux.»

Le message s'adresse à tous les publics du monde, mais plutôt à des citadins. Pour Christophe Gros, c'est l'une des explications du succès de «Heidi». «Ces citadins ont une rêverie sur la montagne et vont pouvoir, avec le progrès social et le développement, s'offrir la montagne pour des moments courts. A ce moment là, Heidi devient comme une évocation, un rappel romanesque.»

Heidi, petite divinité de la montagne

Autre clé de lecture de ce mythe devenu universel: celle apportée par les Japonais. «Quand les Japonais viennent à Maienfeld, ils viennent en fait fréquenter les lieux habités par la présence d'une petite divinité de la montagne», avance l'ethnologue genevois. Les Japonais font ça depuis très longtemps dans leurs sanctuaires, en forêt, sur un volcan.»

«Heidi remplit cette attente. Ce n'est pas seulement un récit, l'histoire d'une série d'obstacles qu'il faut surmonter, c'est aussi une présence dans la montagne. Cela explique aussi notre propre comportement, en tant que Suisses, vis-à-vis de ce personnage de fiction qui devient plus vrai que la Suisse touristique réelle.»

Tell et Heidi: couple tutélaire

Mais la petite montagne est aussi reliée à l'identité suisse elle-même, en faisant le pendant d'un autre héros national, très masculin, emblème de la liberté, Guillaume Tell.

«Heidi vient en complément, analyse Christophe Gros. Elle apporte l'enfance, la féminité, les vertus chrétiennes et le sens des autres. C'est le couple tutélaire de la Suisse: Heidi d'un côté, Guillaume Tell de l'autre. Nous en sommes les héritiers, même malgré nous.»

Et même si Heidi a souvent agacé, par son côté de petite fille modèle et folklorique. Elle connaît d'ailleurs un regain d'intérêt, comme en témoignent les nouvelles parutions et les expositions organisées à l'occasion du centenaire de la mort de Johanna Spyri. Sans oublier la Heidi «new look» du film de Markus Imboden, sorti ce printemps.

Un mythe encore actuel

«La Suisse traversant des années d'incertitude - les CFF ne sont plus ce qu'ils étaient, la Poste non plus, le service militaire change - il nous reste ce mythe de Heidi, explique l'ethnologue. D'autant plus que les étrangers nous le renvoient sans arrêt. Il nous sert d'identité et il nous permet aussi de nous autocritiquer, ce dont on a l'habitude.»

«Mais en profondeur c'est aussi le statut de la montagne qui est en question. On se rend compte qu'on l'a surexploitée et qu'on en a besoin. Alors faut savoir à la fois y aller et la protéger. On se retrouve donc au cœur du premier récit de «Heidi».»

Pierre Gobet, Zurich

Pour en savoir plus, vient de paraître en allemand, chez Offizin, à Zurich: «Heidi, Karrieren einer Figur», édité par Ernst Halter.

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