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Genève pourra normaliser ses liens avec l'ONU

Sergei Ordjonikidze, directeur de l’Office des Nations Unies à Genève, et l’ambassadeur François Nordmann (à d.). Keystone

La Genève internationale était inquiète. Elle lâche un grand ouf! Une satisfaction d'autant plus forte que deux Genevois sur trois ont dit oui.

Ce contenu a été publié le 04 mars 2002 - 08:19

Les deux personnes les plus visiblement satisfaites, dimanche en fin d'après-midi à Genève, étaient russes. Vladimir Petrovsky et Sergei Ordjonikidze, l'ancien et le nouveau directeur de l'Office des Nations Unies à Genève. Pour l'un comme pour l'autre, disent-ils à l'unisson, le vote suisse représente le plus beau des cadeaux. D'adieux. Ou d'accueil.

Sergei Ordjonikidze et son aîné se font aussi les porte-voix de Kofi Annan qui voit dans le oui des Suisses «une profession de foi». A ses yeux, la Suisse serait «un exemple éclatant de ce à quoi l'ONU aspire: une société tolérante, pacifique et multiculturelle reposant sur des valeurs démocratiques».

Pour Vladimir Petrovsky, cette journée est comme la cerise du gâteau. Pendant neuf ans, il s'est dévoué, rappelle-t-il, à entretenir la meilleure des collaborations entre l'ONU et les autorités suisses. A deux jours près, il s'en va avec ce sentiment d'un travail qui a reçu sa plus haute récompense.

Le «petit plus» des Genevois

Le mot-clef des commentaires, dans les milieux internationaux de Genève, c'est 'normalisation'. Entre la Suisse et l'ONU, tout va enfin devenir normal. «Avec un petit plus, précise l'ambassadeur François Nordmann, chef de la Mission suisse auprès des organisations internationales à Genève. C'est-à-dire le vote nettement positif des Genevois» (le plus fort pourcentage cantonal de oui: 66%).

Et d'expliquer que l'électorat genevois a lancé un message clair. Tout comme la majorité des citoyens suisses qui sont convaincus que leur pays a besoin d'un instrument supplémentaire «pour mieux défendre nos intérêts, pour mieux mettre en valeur les projets auxquels nous sommes attachés et pour projeter les idées que la Suisse se fait de la coopération internationale».

Même satisfaction chez Martine Brunschwig-Graf, membre du gouvernement cantonal genevois, qui ne cachait pas sa bonne humeur une fois dissipées les inconnues du scrutin. C'est vrai qu'elle avait de quoi se réjouir: en 1986, plus de deux tiers des Genevois avaient voté contre l'ONU. Le monde a changé. Les mentalités genevoises aussi.

La résultat de cette votation, poursuit la cheffe de l'instruction publique genevoise, c'est que «nous aurons une politique étrangère plus visible, les citoyens la comprendront mieux, ils pourront en débattre... c'est ce qui nous a le plus manqué ces dernières années!»

C'était inconfortable, voire insupportable

C'est bon aussi pour le moral de ceux qui travaillent dans les organisations internationales. Et celui des fonctionnaires suisses en particulier. Car «ça devenait quasiment insupportable», se souvient Alain Modoux, ancien sous-directeur général de l'UNESCO, à la retraite depuis l'été dernier.

Insupportable «de vivre au cœur du système international et de voir son pays rester en dehors de son principal organe, l'Assemblée générale». Cette attitude, dit-il aussi, était mal perçue à l'extérieur. «Maintenant Genève est de plain-pied, on a remis les choses à leur place, on pourra vivre normalement.»

Marcel Boisard, le plus haut des fonctionnaires suisses de carrière dans le système des Nations Unies, dit avoir connu dimanche matin quelques sueurs froides à la seule pensée que ses compatriotes pourraient voter non.

«J'étais déjà à l'ONU en 1986, lors du premier vote. A l'époque, les réactions étaient amicales. Aucun rejet ni reproche. Cette année, cela aurait été très différent. A Genève et dans le monde, on attendait ce résultat.»

La Suisse n'aura plus besoin d'être tenue par la main

A New York, Jenö Staehelin, le représentant permanent de la Suisse auprès de l'ONU, l'attendait aussi, ce résultat. Il se dit à la fois au comble de la joie et soulagé. «C'eût été vraiment difficile d'expliquer à mes collègues un nouveau refus.» Il n'aura plus besoin désormais de mendier leur amitié ou leur bonne volonté pour défendre les intérêts helvétiques.

Finalement, les rares diplomates à regretter ce oui du 3 mars - ne fût-ce qu'au second degré - sont les émissaires du Vatican, voisins des délégations suisses dans les strapontins réservés aux observateurs des États non membres et à l'Autorité palestinienne.

A New York, Mgr Renato Martino, non sans quelque malice au col romain, se dit plutôt déçu «parce qu'avec la Suisse, nous avons toujours été en bonne compagnie durant quinze ans». Mais le départ de ses collègues vers des travées officielles lui fait tout de même plaisir. «Ils pourront travailler plus efficacement». Ainsi soit-il.

Bernard Weissbrodt

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