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Face au rythme de l’aide, la frustration grandit à Haïti

Les problèmes de logistiques entravent l'aide aux Haïtiens. Reuters

Une semaine après le séisme dévastateur en Haïti, les élans de bonne volonté de la communauté internationale peinent toujours à se muer en aide concrète et directe aux victimes sur le terrain.

Ce contenu a été publié le 21 janvier 2010 - 08:31

Alors que plus de trois millions d’Haïtiens ont besoin d’aide, la communauté internationale est confrontée à des défis opérationnels et logistiques majeurs, qui entravent l’aide d’urgence.

Le petit aéroport situé à proximité de la capitale Port-au-Prince est à la fois endommagé et congestionné, alors que le port n’est plus opérationnel. L’aide d’urgence convoyée sur place peine à gagner la population en raison de la pénurie de véhicules et de carburant. Pour des questions sécuritaires également.

S’ajoute à cette situation les marchandages autour de la manière de gérer la crise et sur la question du leadership au sein de l’effort international. Les Etats-Unis, qui contrôlent l’aéroport, ont conclu lundi un accord avec l’ONU, après avoir été critiqués sur leur gestion du flux aérien. L’accord prévoit des garanties d’atterrissage pour les organisations humanitaires.

Mais face à cette situation où l’aide massive peine à atteindre sa cible, la frustration grandit dans la population. Le président René Préval relève pour sa part le «problème de la coordination. (…) L'aide va aller en augmentant, c'est la coordination de l'aide, pour savoir en quelles quantités, quand et comment la distribuer, qui est important».

De leur mieux

Les organisations humanitaires sur le front actuellement – le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) basé à Genève notamment – indiquent qu’elles font leur possible.

«Les obstacles principaux ont tout simplement découlés de l’ampleur des destructions», juge Florian Westphal, porte-parole du CICR.

«Oui, nous avons fait face à des contraintes en termes d’envoi d’avions sur l’aéroport, mais nous ne blâmons personne, voyant bien que l’aéroport a une capacité très limitée en raison des dommages subis», poursuit-il.

Sur place, l’organisation a déjà fourni de l’eau propre à quelque 7500 personnes. Elle a aussi équipé en matériel la Croix-Rouge haïtienne pour les centres de premiers secours qu’elle a installé dans divers camps de fortune autour de Port-au-Prince.

Autre constat: le CICR semble pouvoir faire face à la situation sécuritaire. «Nous avons pu nous déplacer et faire beaucoup ces derniers jours. Lorsque nous parlons à nos collègues, ils confirment une certaine tension mais ne ressentent aucune agressivité véritable à leur encontre.»

Calme et résilience

Tamar Hahn, représentante de l’UNICEF, est arrivée à Haïti juste après le séisme. Selon elle, la violence n’est pas aussi répandue que ne le laissent penser certains échos. Elle souligne d’ailleurs le calme et la résilience du peuple haïtien.

«Il est faux de penser qu’ici, tout est banditisme, pillage et violence. Les gens vivent au sein de camps dans des conditions absolument affreuses. Mais ils ont formé des comités, s’organisent et partagent leurs ressources.»

«Je les ai vus s’arranger de manière très créative et débrouillarde», rapporte Tamar Hahn.

Pour ce qui est de son organisation, malgré les pertes au sein du personnel de l’ONU et les nombreux problèmes logistiques, l’UNICEF avait pour objectif de fournir en eau potable 80'000 personnes sur la seule journée de mardi.

«Autre étape importante, nous avons identifié les abris qui pourront accueillir des enfants que le séisme a rendu orphelins ou qui ont été séparés de leurs parents», ajoute la représentante de la principale organisation internationale d'aide à l'enfance dans le monde.

A ce stade, le principal problème que Tamar Hahn a pu constater sur place est la pénurie de carburant. Un enjeu «critique pour les opérations en cours, cela pourrait les bloquer. Nous avons travaillé sur cette question mais nous ne sommes approvisionnés que pour quelques jours et devons trouver absolument une solution. Car cela affecte toutes les agences actives dans les opérations d’aide.»

Long et compliqué

Une longue et complexe opération humanitaire: c’est ainsi que le Programme alimentaire mondial qualifie l’effort initié en réponse au tremblement de terre de la semaine dernière. L’organisme onusien a lancé un appel global pour pouvoir fournir dans les trente jours cent millions de rations d’aide alimentaire.

Sa porte-parole Natasha Scripture décrit la situation sur place comme un défi sur tous les fronts. Elle souligne aussi ce qui a déjà été fait par les intervenants. «Ce n’est pas que nos partenaires ne fassent pas assez, assure-t-elle. A ce jour, nous avons distribué 250'000 rations quotidiennes de nourriture et pu atteindre 200'000 personnes. Ce qui est beaucoup compte tenu des obstacles rencontrés.»

«Au fil des jours, nous allons pouvoir atteindre de plus en plus de monde alors que nous continuons à chercher différentes voies d’accès au pays par le biais de corridors aériens, terrestres et maritimes.»

Mais Natasha Scripture ne le cache pas. «Pour remettre les gens sur pied, le processus prendra beaucoup, beaucoup de temps.»

Clare O’Dea, swissinfo.ch
(Traduction et adaptation de l’anglais: Pierre-François Besson)

Tendu mais calme

Les officiels de l’ONU jugent que la situation est sous contrôle et n’a pas empêché la distribution de nourriture a 270'000 Haïtiens jusqu’ici.

Quelque 52 équipes de sauveteurs se battent contre la montre pour retrouver des survivants sous les bâtiments effondrés où des dizaines de milliers de personnes sont encore ensevelis.

L’Organisation mondiale de la santé indique qu’au moins treize hôpitaux sont en service autour de Port-au-Prince. Les médecins avertissent des risques d’infections et de maladies chez les survivants.

Le Secrétaire général de l’Onu Ban Ki-moon a demandé 3'500 hommes supplémentaires – policiers et militaires – pour venir renforcer la mission de l’ONU dans sa tentative de longue date de restaurer la stabilité sur place.

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