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Le textile suisse bien dans ses chaussettes

L’industrie suisse du textile reste confiante… Ici, Lantal à Langenthal. Keystone Archive

La fin récente du système des quotas à l’échelle mondiale n’émeut guère la branche textile helvétique. Ce secteur traditionnel a déjà réalisé sa mutation.

Ce contenu a été publié le 12 janvier 2005 - 16:58

Mais le défi pourrait s’avérer plus rude selon le résultat des négociations au sein de l’OMC sur les droits de douane.

Dessous chics, textiles industriels ou pour la maison mais, aussi, tissus hautement technologiques (combinaison de l’équipe suisse de ski alpin, voiles Alinghi, etc) et riches étoffes destinées aux grands couturiers parisiens: c’est d’abord la variété qui frappe dans la branche suisse du textile et des vêtements.

Très éclaté sur le plan des métiers comme du nombre d’entreprises - plus de 250 -, ce secteur s’est fortement spécialisé, ces dernières années surtout.

Confronté à la concurrence des pays en développement (Chine, Inde, Bengladesh, Maghreb, Roumanie, etc.), il s’est concentré sur des activités de niches ou à haute valeur ajoutée, dans le ‘sur mesure’ et la qualité du service.

Evolution technologique aidant, il présente aujourd’hui un visage qui contraste fortement avec sa situation d’il y a quinze ans.

Plus de la moitié des emplois en moins

Depuis le début des années nonante, les effectifs de la branche ont littéralement fondu. Elle n’occupait plus que 18'100 personnes à fin 2003, contre 40'700 en 1992.

Côté exportations - environ 80% du chiffre d’affaires total – c’est également la débandade. Après un pic historique en 1990 (3,7 milliards de francs), le textile suisse n’exportait plus que 2,1 milliards de francs en tissus et vêtements treize ans plus tard.

Mais la Fédération textile suisse se veut rassurante. «Cette érosion devrait maintenant cesser, estime Karin Jung, sa directrice. Ces prochaines années, l’emploi en Suisse diminuera peut-être encore un peu, mais les industriels suisses occuperont davantage d’employés en Chine ou en Roumanie.»

C’est avec sérénité aussi que la branche envisage les effets de la libéralisation des contingents d’importation, intervenue à l’échelle mondiale le 1er janvier dernier.

Pour les membres de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en effet, les quotas – ou «accès garanti à un pays pour une certaine quantité» - relèvent désormais du passé dans le secteur des textiles.

Privée de quotas à l’importation

Comme d’autres, la Suisse a commencé son industrialisation grâce à l’industrie du textile au milieu du XIXe siècle. Mais cette branche traditionnelle, hautement identitaire, dans la partie orientale du pays surtout, n’a jamais profité de contingents à l’importation.

Autrement dit, cette libéralisation n’aura vraisemblablement que très peu d’impact direct à court ou moyen terme sur le textile suisse.

«La concurrence globale va évidement augmenter, estime Karin Jung. Elle nous touchera aussi en Suisse. Mais je ne crois pas à des effets massifs, comme la disparition d’emplois ou la fermeture d’usines.»

Le fabricant de chaussettes Rohner produit en Suisse son haut de gamme, et achète le reste à l’étranger. Pour son responsable des ventes Daniel Kiesslig, malgré la fin des quotas, c’est «business as usual. Nous n’avons aucune inquiétude, car nous nous situons dans un produit de niche».

Même dans le bas de gamme, depuis longtemps pratiquement déserté par les Suisses, on se dit confiant. Grosse réussite économique, l’enseigne helvétique de vêtements Switcher ne produit rien sur place.

«Avec la fin des quotas, nous pouvons réexporter nos produits vers la Chine, l’Inde, le Portugal», se réjouit la responsable des relations publiques de la marque.

«Nous exportons beaucoup vers l’Allemagne des produits venant surtout d’Asie, poursuit Karin Chuard. Dorénavant, nous n’aurons plus à payer de quotas!»

L’inconnue des clients européens

Cela dit, avec les difficultés liées que pourraient rencontrer ses clients européens suite au 1er janvier, le textile suisse devrait tout de même subir quelques contre-coups sur son principal marché: l’Union européenne (UE).

La disparition d’acheteurs européens, ainsi qu’une concurrence intra-européenne plus forte, voilà donc ce que craint le plus la branche. Car depuis longtemps, elle n’entre plus en concurrence avec la production de masse de pays comme la Chine ou l’Inde, principaux bénéficiaires annoncés de la libéralisation.

A plus long terme toutefois, un autre défi se posera au textile suisse. Selon le Secrétariat d’Etat à l’économie (seco), la branche profite de droits de douane qui peuvent aller jusqu’à 16% de la valeur de certains produits.

Or, dans le cadre du Doha round, les membres de l’OMC négocient justement la réduction des droits de douane sur les produits industriels. A ce stade, on n’en connaît toutefois ni l’ampleur, ni la durée du délai qui sera offert aux industriels pour s’y conformer.

swissinfo, Pierre-François Besson

Faits

Les quotas d’importation dans le secteur textile et des vêtements ont été entièrement supprimés en début d’année dans le cadre de l’OMC.
Ce système, qui permettait aux pays importateurs d’établir des discriminations entre Etats producteurs, dominait les échanges depuis quatre décennies.
La libéralisation devrait avant tout profiter à la Chine, l’Inde et le Pakistan, qui maîtrisent toute la filière industrielle.
Elle pourrait surtout léser des acteurs comme le Bengladesh, l’Afrique du Nord, le Sri Lanka ou l’Ile Maurice qui, pour certains, craignent l’émergence de problèmes sociaux.

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En bref

- Comme l’horlogerie pour la chaîne jurassienne et Genève, l’industrie textile a participé à modeler la culture et l’identité de la Suisse orientale, notamment dans la région de St-Gall (tissus), de Zurich (soie) et Glaris (tissus imprimés).

- Depuis son apogée en 1990, le textile suisse a vu la valeur de ses exportations fondre de plus de 40%. Ensembles, Allemagne, Italie, France, Autriche et Etats-Unis en absorbent les six dixièmes.

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