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Dinos 8: «Le contraire du chasseur»

«Les réactions des enfants sont les mêmes partout, en France, en Suisse, au Maroc ou au Laos» (ici au Parc de Réclère). swissinfo.ch

La recherche de dinosaures: caprice de nantis ou plongée dans des interrogations aussi philosophiques que scientifiques?

Ce contenu a été publié le 30 juin 2002 - 21:26

Sur le gisement de Toundout, alors que les chercheurs s'affairent, les enfants de la région suivent les travaux avec intérêt. Simple amusement à l'égard de ces 'savants' qui bousculent les cailloux ou réel intérêt pour les monstres qu'ils exhument du passé?

«Les enfants, ici, sont en extase devant ces ossements!», constate Najat Aquesbi, du Musée des Sciences de la Terre à Rabat. A propos, un enfant m'a justement dit avoir vu «Jurassic Park», un jour, à Casablanca... Comment Najat Aquesbi réagit-elle à ce type de cinéma? S'arrête-t-elle aux invraisemblances ou se laisse-t-elle prendre par le rêve? «C'est le rêve qui l'emporte», répond-elle sans hésiter.

Puis, les yeux brillants: «C'est magnifique de pouvoir explorer notre passé à une époque où nous n'existions pas... De savoir ce qu'il y a eu avant nous. Et de réaliser que si ces dinosaures vivaient de nos jours, on ne serait sans doute pas là! On serait bouffé, c'est sûr!»

Questions fondamentales

Le paléontologue français Philippe Taquet le constate également: «Les dinosaures passionnent tout le monde. Les réactions des enfants sont les mêmes partout, en France, en Suisse, au Maroc ou au Laos. La même passion. Passion de savoir ce qui s'est passé autrefois et passion de découvrir que le temps, c'est des millions et des millions d'années. Qu'une espèce, cela naît et qu'un jour cela disparaît.»

«Passion de savoir que nous faisons partie de ce monde et qu'il y a une évolution avec un commencement et une évolution des choses. Qu'est-ce qui va arriver aux hommes, si les dinosaures ont disparu? Ils vont faire comme les dinosaures? Voilà des questions qui sont intéressantes. Nous faisons partie de la biosphère, comme les dinosaures en ont fait partie.»

«S'il y a une fascination pour les dinosaures, c'est parce qu'ils suscitent des questions fondamentales: d'où venons-nous, qui sommes-nous, qu'allons-nous devenir? Et ces questions, tous les hommes, qu'ils soient Européens ou Africains, chrétiens, musulmans ou autres, se les posent forcément. Nos origines, notre histoire, l'histoire de la vie sur Terre, ce sont les questions de base.»

Emotion et humilité

Il y a pour chacun d'entre nous ces questions fondamentales, qu'elles soient formulées ou non, c'est certain. Mais pour le paléontologue, il y a aussi un sentiment plus direct, et strictement émotionnel, comme le constate Philippe Taquet: «Cela fait quelque chose de trouver un dinosaure entier, de le remonter, et un jour de regarder l'animal, et l'animal vous regarde, et vous êtes le premier à regarder un animal que personne avant vous n'a regardé! Le paléontologue, c'est le contraire du chasseur: il redonne la vie à des animaux. C'est formidable.»

Le paléontologue Dale Russell, lui, s'est lancé dans une véritable fiction scientifique en envisageant un dinosaurien hominidé... ou comment auraient pu évoluer les dinosaures s'il ne s'étaient pas éteints il y a 65 millions d'années!

Une démarche qui n'a rien fait pour gommer sa réputation de 'scientifique excentrique', réputation qui ne le dérange pas le moins du monde: «En tant que scientifique, on s'intéresse à la structure dans la nature. Et il y a des structures qui n'ont pas encore été découvertes. D'après moi, l'évolution doit être structurée aussi, parce qu'elle est un aspect de la nature. Ce ne serait donc pas étonnant qu'il y ait une structure dans l'évolution de la vie, à longue échelle.»

Ses réflexions n'ont pas été du goût de toute la communauté scientifique, on s'en doute. Mais Dale Russel a une vision particulièrement ouverte de la science: «On doit avoir l'univers comme pensée, même si l'univers est beaucoup plus grand que notre tête. Les modèles qu'on a sont trop étroits. Donc on doit avoir du respect pour ce qui n'est pas encore connu. Nous ne pouvons même pas quantifier les choses que nous ne connaissons pas, tant il y en a. Nous ne devons donc pas être fiers de nous et de notre habileté: nous sommes encore tellement primitifs dans la perception de la réalité qui nous entoure.»

swissinfo/Bernard Léchot

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