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Dimanche, la Suisse aura enfin «sa» sainte

Sœur Maria Bernarda Bütler est la première sainte catholique de Suisse. Keystone

Sœur Maria Bernarda Bütler, fondatrice des Missionnaires franciscaines en Colombie, sera honorée avec trois autres personnes par le pape Benoît XVI. La dernière canonisation d'un Suisse remonte à Nicolas de Flüe en 1947. Des centaines de Suisses sont attendus à Rome.

Ce contenu a été publié le 08 octobre 2008 - 10:07

«Une canonisation, ça représente l'exemplarité d'une personne et la fierté d'un peuple! Si on en parle tant en Suisse, c'est que cette première sainte féminine est bien de chez nous.» Albert Longchamp, jésuite et ancien rédacteur en chef de l'«Echo magazine», confirme l'importance de l'événement.

Dans ce pays, la première et dernière canonisation remonte à celle de Nicolas de Flüe en 1947. Mais on compte ici au moins une cinquantaine d'autre saints et saintes, sacrés, eux par la ferveur populaire, avant que l'Eglise ne règle la procédure au 13e siècle.

Pourquoi si peu? «Typiquement, répond Albert Longchamp, les Suisses ne recherchent pas tellement les honneurs, contrairement aux pays latins, plus expansifs et très à l'affût de ce type de reconnaissance.»

«Il y a peut-être aussi un élément démographique car la Suisse est un tout petit pays. Et puis, la Réforme et les conflits religieux qui l'ont déchirée ont certainement limité les canonisations», explique de son côté Walter Müller, porte-parole de la Conférence des évêques suisses.

Du reste, Bernarda Bütler n'était pas très connue en Suisse lors de sa béatification par le pape Jean-Paul II en 1995. Les choses ont changé à l'annonce de sa canonisation, en mars dernier. La demande émanait du reste de Carthagène, en Colombie. C'est là que la future sainte a fondé la Congrégation des Missionnaires franciscaines de Marie auxiliatrice, essaimant ensuite dans plusieurs autres pays, en Suisse et en Autriche.

Une «Mère Thérésa» d'Amérique Latine

Cette religieuse qui a quitté le confort helvétique à 40 ans pour le bout du monde semble avoir été une personnalité exceptionnelle. Entrée à 19 ans chez les capucines d'Altstätten (St-Gall), cette enfant de famille nombreuse en devient la supérieure et en fait un couvent florissant.

Elle renonce pourtant à cette vie contemplative et s'embarquer avec quelques consœurs comme missionnaire en Equateur, puis en Colombie. Marquée par l'esprit franciscain de l'amour des pauvres et des marginaux, elle devient infirmière et enseignante.

D'innombrables hôpitaux, écoles et homes portent le nom de Sœur Bernarda et, aujourd'hui, 840 «sœurs des poubelles de Colombie» poursuivent son œuvre.

Elle-même ne reverra jamais la Suisse mais un renom de sainteté l'accompagne depuis sa mort, en 1924, et son tombeau attire des milliers de pèlerins.

«Elle est très célèbre en Amérique du Sud, ajoute Walter Müller. A Carthagène, son portrait est accroché dans les bus, les taxis, les bureaux, partout. Dans ces pays latins, c'est un peu comme aux débuts de l'Eglise, où c'était la vénération populaire qui faisait les saints.»

Grand «show» liturgique

La canonisation, qui constitue la plus haute reconnaissance de l'Eglise catholique, fait aujourd'hui de Bernarda, née Verena, Bütler, un «modèle» et une «médiatrice».

Dimanche à la basilique St-Pierre de Rome, la grande liturgie sera retransmise en direct par plusieurs télévisions. Les évêques suisses Kurt Koch et Markus Büchel concélébreront la messe avec le pape. En présence de plusieurs centaines de pèlerins et de personnalités suisses, dont la chancelière de la Confédération Corina Casanova.

Des centaines de Sud-Américains sont également attendus à Rome, dont sept évêques et archevêques et 211 religieuses.

«C'est un processus très complexe, explique encore Albert Longchamp. Il y certainement des milliers de saints mais on canonise beaucoup moins aujourd'hui. Il faut une enquête très approfondie, avec audition de témoins ou témoignages de l'époque, parfois cela dure des dizaines d'années.»

Un lieu de pélerinage

Le 19 octobre, les reliques de la nouvelle sainte seront déposées dans l'église d'Auw qui, à quelques mètres de la maison où naquit Verena Bütler, est en train de devenir un important lieu de pèlerinage. On pourra même y acheter une minuscule relique avec le portrait sévère de Mère Bernarda Bütler.

«Les reliques ont moins cours aujourd'hui en Suisse, dit encore Walter Müller, mais, là encore, la reconnaissance de cette sainte est très marquée par son pays d'élection et une vénération à la forme très latine, où les reliques représentent une forme de contact direct, physique.»

Selon Alphons Brunner, curé d'Auw, village de 1600 habitants, l'Eglise a reconnu scientifiquement deux miracles imputés à Sœur Bernardina: elle aurait sauvé un bébé d'une tumeur au cerveau et libéré une femme d'une grave maladie pulmonaire.

swissinfo, Isabelle Eichenberger

Verena Bütler

1848: naissance à Auw (Argovie) dans une famille paysanne de huit enfants.

1867: entre chez les Capucines de Maria Hilf à Altstätten sous le nom de Maria Bernarda du saint Cœur de Marie, où elle devient supérieure.

1888: s'embarque avec six consoeurs comme missionnaire pour l'Equateur, où elle fonde la Congrégation des Franciscaines missionnaires de Marie Auxiliatrice.

1895: fuit une révolution et se réfugie à Carthagène (Colombie). Sa Congrégation essaime en Colombie puis au Brésil et en Autriche.

1924: meurt en Colombie.

1995: béatifiée par le pape Jean Paul II.

12 octobre 2008: canonisée par le pape Benoît XVI.

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Contexte

L'Eglise catholique reconnaît les mérites de ses fidèles en béatifiant ceux qui sont vénérés dans une région ou un couvent donné et à qui on peut imputer un miracle.

Elle canonise ceux à qui on peut prouver deux miracles et qui font l'objet d'une vénération internationale. Il sont ensuite inscrits dans les calendriers liturgiques. Ils sont entre 2000 et 3000.

La Suisse en recense une cinquantaine, le premier étant saint Beat (Berne), mort en 112, élus par la vox populi. Mais l'Eglisee a revu la procédure au 13e siècle et le premier «vrai» saint est l'ascète Nicolas de Flüe (mort en 1487 à Einsiedeln, Schwytz), canonisé en 1947.

La première sainte, Wiborada, religieuse, a été sacrée pour avoir sauvé la bibliothèque du Couvent de St-Gall des envahisseurs hongrois en 926.

C'est le diocèse d'origine de la personne distinguée qui présente une demande au Vatican, qui procède ensuite à une enquête approfondie avec recherche de témoignages oraux ou écrits.

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