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Deux patries pour un seul ballon

L’helvetico-colombien Johan Vonlanthen a finalement opté pour le maillot rouge à croix blanche. Keystone Archive

Les équipes suisses junior de foot ont accompli de gros progrès ces dernières années grâce aux joueurs d’origine étrangère qui ont grandi en Suisse.

Ce contenu a été publié le 10 février 2005 - 16:27

Mais devenus adultes, ces jeunes talents risquent de ne pas rester dans l’équipe nationale, comme le montre le cas de Davide Chiumiento.

Le football suisse est un très bon miroir de la société. Pour s’en rendre compte, il suffit de parcourir la liste des noms des joueurs qui composent les différentes équipes nationales.

Chez les moins de 19 ans, par exemple, des footballeurs aux noms très suisses comme Ziegler, König ou Burki se retrouvent aux côtés de Siqueira-Barras, Salatic, Dzemaili, Zambrella ou Afonso. Le monde du ballon rond reflète, en somme, toujours plus la diversité culturelle du pays.

Les efforts consentis pour développer cette pépinière de talents pourraient cependant se révéler vains, ainsi que l’a montré récemment le cas de Davide Chiumiento, un milieu de terrain italo-suisse de 20 ans qui joue à Sienne.

Seulement la pointe de l’iceberg



Ayant grandi en Appenzell, Davide Chiumiento possède à la fois le passeport suisse et le passeport italien. Le jeune homme a participé aux récents Championnats européens des moins de 21 ans sous les couleurs suisses.

Il a ensuite été appelé à plusieurs reprises par Köbi Kuhn, directeur technique de l’équipe nationale. Mais Davide Chiumiento a jusqu’à présent décliné cette offre.

Son rêve est en effet de revêtir un jour le prestigieux maillot de l’équipe d’Italie. Mais ce rêve deviendrait irréalisable s’il participait, ne serait-ce qu’à un seul match amical avec la sélection A de la Suisse.

Mais le cas de Davide Chiumiento ne représente que la pointe de l’iceberg. La même année, il y avait également eu les cas de Johan Vonlanthen, un joueur helvetico-comlombien jouant actuellement à Brescia.

Dans un premier temps, Johan Vonlanthen avait déclaré vouloir jouer pour la sélection sud-américaine. Mais il s’était ensuite ravisé et avait rejoint l’équipe nationale suisse pour devenir, quelques mois plus tard au Portugal, le plus jeune buteur (18 ans et 182 jours) de l’histoire de l’Euro.

Ce genre de situations pourrait à l’avenir se répéter pour bon nombre des actuels champions en herbe qui font le bonheur des sélections nationales junior de la Suisse.

Problème de double nationalité

A l’origine du problème, une modification du règlement de la FIFA (Fédération Internationale de Football Association).

Jusqu’en 2003, les joueurs ayant une double nationalité, une fois qu’ils avaient joué avec l’une ou l’autre équipe nationale, ne pouvaient plus en changer. Concrètement, s’il avait joué ne fut-ce que cinq minutes avec l’équipe nationale suisse des moins de 17 ans, un jeune italo-suisse ne pouvait définitivement plus revêtir le maillot azur de l’Italie.

Mais les choses ont changé en octobre 2003. Lors de son congrès au Qatar, la FIFA a en effet modifié le règlement.

Désormais, les jeunes qui ont une double nationalité peuvent jouer avec la sélection juniors de l’un des deux pays sans que cela ne leur ferme pour autant les portes de la sélection A de l’autre pays.

Surtout une histoire de business

«C’est vraiment dommage de devoir renoncer à des jeunes de valeur après les avoir soutenus pendant des années et les avoir fait progresser», constate avec une certaine amertume Pierre-André Schürmann, entraîneur de l’équipe nationale des moins de 19 ans.

Pierre-André Schürmann est conscient de la richesse que ce «melting-pot» culturel apporte au groupe. Mais il rend cependant ses joueurs attentifs à un point: «du moment où quelqu’un décide de se naturaliser, il décide également de porter les couleurs de ce pays», déclare-t-il.

«Mon sentiment, c’est qu’aujourd’hui, c’est surtout le business qui domine», ajoute-t-il avec une certaine consternation et en déplorant que l’attachement au maillot national soit une valeur en perte de vitesse.

Porter le maillot suisse est un honneur

Agent et ancien joueur de valeur, Walter Fernandez n’est pas d’accord avec ce diagnostic. Pour lui, ce sont surtout les «choix du cœur» qui motivent les décisions des joueurs.

«Je ne crois pas que quelqu’un comme Chiumiento, par exemple, pense à l’argent. Au pire pense-t-il à gagner quelque chose en plus en termes de palmarès», juge-t-il.

Walter Fernandez se dit par conséquent confiant sur les possibilités pour la Suisse de conserver ses jeunes joueurs. «Depuis qu’ils ont failli perdre Johan Vonlanthen, les pontes de l’Association suisse de football se sont réveillés», déclare-t-il.

Si la sélection A de Suisse arrive à l’avenir à compter sur des talents qui ont grandi en Suisse, elle pourra aussi remercier des agents comme Walter Fernandez. Un de ses «protégés», l’albano-suisse Valon Behrami, actuellement milieu de terrain de Vérone et dans la mire de l’Inter, a en effet accepté il y a quelques semaines d’accepter la convocation de Köbi Kuhn.

«Il est cependant évident qu’il n’y a pas besoin de se mettre à genoux pour convaincre un jeune. Jouer pour l’équipe nationale doit rester un honneur», conclut Walter Fernandez.

swissinfo, Daniele Mariani
(Traduction de l’italien: Olivier Pauchard)

Faits

Les principaux résultats des équipes nationales junior suisses:
Titre de champions d’Europe 2002 pour les moins de 17 ans
Demi-finale du Championnat d’Europe 2004 pour les moins de 19 ans
Demi-finale du Championnat d’Europe 2002 pour les moins de 21 ans

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