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Des vacances casher à Scuol

Nourriture casher et bonne humeur au menu. Roger Wehrli

Scuol, petit village reculé des Grisons, abrite le plus grand hôtel casher d'Europe. Depuis que l'endroit a été repris par le couple Friedmann, de nombreux touristes juifs orthodoxes font le voyage.

Ce contenu a été publié le 16 novembre 2009 - 06:01

L'Hôtel Scuol Palace se dresse, tel un colosse jaune, dans le village qui a vu naître le tourisme thermal en Basse-Engadine, il y a 150 ans. Nous nous trouvons dans une vallée étroite en-dessous de Scuol, entre Tannen et Lärchen.

Les ailes du bâtiment s'étendent, telle une fortification, jusque dans l'Inn, comme si elles voulaient protéger la rivière et ses innombrables sources d'eau minérale.

Des juifs orthodoxes portant kippa, longue barbe et papillotes marchent sur le chemin menant à l'hôtel et à ses 120 chambres. Ils portent de longs manteaux noirs, des chapeaux mais aussi des sacs à dos et des bâtons de marche.

Thé et gâteaux au lieu de bière

Ces touristes sont à l'image de l'évolution imprimée par le couple Abraham et Zipora Friedman, qui ont repris l'hôtel il y a trois ans. Leur slogan: «Le plus grand hôtel casher ouvert toute l'année en Europe». Les orthodoxes viennent surtout d'Israël et des Etats-Unis.

Désormais, au lieu de la bière qui coulait à flots lors des fêtes du Club Robinson précédent propriétaire des lieux, les hôtes boivent du thé, du café et mangent des gâteaux. Dans les grande salles, dont les murs en mahagoni colorent l'atmosphère, de grandes familles orthodoxes et de jeunes couples mangent des pâtés à la viande importés de France (l'abattage rituel est interdit en Suisse).

Sur les fresques de la salle de concert, les personnages par trop dénudés ont été couverts d'étoffes blanches. Il y a les hôtes qui lisent leurs mails et ceux qui se rendent à la synagogue. Les heures d'entrée de la piscine séparent les femmes des hommes et les fenêtres en verre sont recouvertes de feuilles protectrices.

Infrastructure religieuse

Qu'est ce qui attire les clients juifs dans cette vallée reculée ? «En Israël, ceux qui peuvent s'offrir des vacances en Suisse jouissent d'un statut symbolique particulier», explique Shoshana, 30, ans, fille des propriétaires et réceptionniste. Les Israéliens apprécient les possibilités de promenade et d'excursion et les températures agréables en été.

L'infrastructure particulière est aussi pour beaucoup dans le succès des lieux. Ici, les juifs pratiquants peuvent passer des vacances sans renoncer à leurs rites. L'infrastructure compte pas moins de trois synagogues, une bibliothèque et un bain juif, «mikwe». Les repas casher sont évidemment aussi particulièrement appréciés.

«C'est très pratique, nous pouvons continuer à manger casher pendant les vacances, dit un touriste israélien venu avec ses enfants. Sinon, nous ne mangeons que de la salade, des fruits et des conserves.»

Cuisine bien surveillée

La préparation des repas est suivie par un «maschgiach», une sorte de surveillant. Cet homme corpulent aux lunettes rondes est chargé d'allumer les cuisinières pour le personnel non-juif. Il bat les œufs pour contrôler qu'aucune goutte de sang n'y tombe et veille à ce que les bons ustensiles soient utilisés.

Des rubans rouges et bleus séparent la cuisine en deux zones, domaines de la viande et des produits laitiers. Les louches, les cuillères et les casseroles sont également marquées en rouge ou en bleu.

«Au début, c'était un peu compliqué, se souvient Fabian, l'apprenti. On prend vite le mauvais plat...» Avec l'aide d'une confiseuse venue d'Israël portant un foulard noir sur la tête, il est en train de confectionner un pain spécial. Il faut éviter que les pains, les gâteaux au chocolat et les macarons à la noix de coco ne soient en contact avec des aliments acides. La surface de travail est recouverte de feuilles de plastique et d'aluminium.

Voix critiques

Au village, distant de 15 minutes de l'hôtel, tout le monde n'apprécie pas forcément la présence de ces touristes pas tout à fait comme les autres. «Je ne sais qu'une chose, c'est qu'au village, ces hôtes orthodoxes ne sont guère aimés», lâche un chauffeur de taxi.

«Je n'ai rien contre ces gens, mais ils devraient un peu s'adapter», ajoute un chauffeur de bus. D'autres affirment que les hommes en manteaux noirs ne saluent pas et qu'ils prennent possession, en groupes, des plus beaux coins du paysage, où ils laisseraient traîner leurs déchets. En outre, l'industrie du ski ne profite quasiment pas de leur présence.

«On ne peut pas dire qu'ils apportent financièrement quelque chose à la région. Ils se retranchent dans leur hôtel, comme un peuple qui vit en autarcie», dit la tenancière d'un magasin de souvenirs.

«Les tensions se sont apaisées»

A l'hôtel, on veut prendre ces réactions avec sérénité. «On ne peut pas parler d'antisémitisme», dit Abraham Friedman, le propriétaire, lui-même ancien officier israélien.

Une journée portes ouvertes a eu lieu, de même qu'une manifestation informant sur la culture juive. Abraham Friedman veut maintenant établir un code de conduite pour ses hôtes.

«Les tensions sont retombées au village, les gens se sont habitués à ce que les orthodoxes ne communiquent pas beaucoup», confirme Jon Domenic Parolini, maire de Scuol et de ses 2300 habitants. Qui salue au passage l'intention d'établir un code de conduite.

Projets d'agrandissement

«Ce qui compte pour moi dans un hôtel, c'est qu'il soit bien exploité. Et cela est particulièrement important pour le Scuol Palace, surtout pour conserver sa substance à cet établissement historique», ajoute Jon Domenic Parolini. Au village, certains se demandent toutefois si ce but est vraiment atteint.

«Nous ne sommes qu'au début de notre développement, précise Shoshana Friedman. Nous commençons à prospecter le marché du tourisme juif en Allemagne, en France, en Angleterre, en Amérique et au Canada.»

Le fait est que le Scuol Palace aurait vraiment besoin d'un coup de neuf. La peinture des façades s'écaille et les moisissures apparaissent dans certaines pièces. Ce qui n'empêche pas les Friedman d'avoir des projets d'agrandissement. Comme les fameux thermes Engadin Bad Scuol refusent d'introduire des horaires différenciés qui conviennent aux juifs, les propriétaires de l'hôtel veulent construire leurs propres bains thermaux.

Corinne Buchser, Scuol, swissinfo.ch
(Traduction de l'allemand: Ariane Gigon)

LES JUIFS EN SUISSE

Selon le dernier recensement de la population, 17'914 personnes sont de confession juive en Suisse, soit 0,25% de la population. Près de 33% des habitants sont protestants, 32% catholiques-romains et 4% musulmans.

Près de la moitié des juifs vivant en Suisse sont nés à l'étranger.
79% ont un passeport suisse.
Près de 30% des Juifs ayant un passeport suisse vivent en Israël.

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