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Des croyants critiquent l'Eglise à Einsiedeln

Einsiedeln accueille le pèlerinage des chrétiens en conflit ("im Clinch") avec leur Eglise. swissinfo.ch

C’est une première européenne: l’abbaye bénédictine d’Einsiedeln a dialogué jusqu’à samedi avec des catholiques qui ne se reconnaissent plus dans leur Eglise.

Ce contenu a été publié le 11 juillet 2003 - 10:54

Cet «Autre pèlerinage» a attiré quelque 120 participants, dont certains venus d’Allemagne.

Le public est attentif: dans la vieille salle du Chapitre de l’abbaye d’Einsiedeln (SZ), une centaine de personnes écoutent le Père Daniel Schönbächler et sa présentation du sujet du jour, «Eglise et spiritualité».

Le théologue évoque le succès des théories ésotériques, en vient au problème posé par le jargon et surprend tout son auditoire avec une digression pleine d’humour sur les mots à la mode que personne ne comprend. La salle éclate de rire.

Dépoussiérer les discussions théologiques

L’épisode est à l’image de l’ambition de l’abbaye d’Einsiedeln, conduite depuis fin 2001 par Martin Werlen, un jeune abbé dynamique maniant les traits d’esprit avec virtuosité: dépoussiérer les discussions théologiques, s’ouvrir au public, respecter les opinions divergentes.

«Je ne connais pas la situation en Suisse romande. Mais en Suisse alémanique, le respect mutuel pour des idées différentes s’est un peu perdu au sein de l’Eglise», explique l’abbé.

«Nous ressentons chez les gens qui nous interpellent le besoin d’être pris au sérieux. L’Eglise ne sait plus répondre aux attentes de ses fidèles. Le succès des théories ésotériques en est un signe».

Einsiedeln a donc décidé de tendre une main aux croyants «en crise» tout en réanimant la tradition du pèlerinage, en perte de vitesse sur ses terres.

Trois thèmes

Depuis jeudi matin et jusqu’à samedi soir, les pèlerins ont pu participer à des discussions regroupées autour de trois thèmes: l’Eglise et la spiritualité, l’Eglise et mon corps, l’Eglise et mon opinion.

«Je trouve les thèmes très bien choisis, ce sont des interrogations vraiment actuelles», dit Monika, une jeune Nidwaldienne de 20 ans, une des plus jeunes participantes. Si bien choisis que certains débats refusent du monde, comme celui consacré au mysticisme, jeudi matin.

Monika s’est inscrite parce qu’elle a voulu «transformer le malaise que je ressens par rapport à l’Eglise en quelque chose de positif. Je vais accompagner des confirmants et je veux avoir quelque chose à leur dire.»

Conflits inévitables

Pourquoi est-elle en conflit avec l’Eglise? «La structure très rigide imposée par Rome n’est pas compatible avec les aspirations des croyants de base. En même temps, je crois que la foi, quelle que soit la religion où elle s’exprime, mène forcément à un conflit, à un certain moment.»

Pas vraiment inquiète, donc, Monika… Juste un peu déboussolée. Le parcours de Stéphanie Kaufmann, de Baden, est plus pesant. «Pendant longtemps, j’ai ressenti l’Eglise comme une énorme pression.»

«J’avais peur d’être punie si je n’agissais pas selon les ordres de Rome, explique la sexagénaire. Je n’ai jamais songé à sortir de l’Eglise, mais il y a eu des moments où j’ai souffert d’un manque de soutien, notamment quand mon mari est décédé.»

Discriminations

Comme Stéphanie, beaucoup de femmes prennent la parole pendant les discussions. Les discriminations sont dénoncées.

«Je suis complètement déchirée, dit cette dame: comment rester dans une Eglise qui discrimine les femmes et exclut les homosexuels? Comment réagir lorsque je déclenche tant de réactions négatives quand je dis que je suis catholique?»

Les critiques fusent: «Beaucoup de gens sortent de l’Eglise parce qu’ils veulent vivre en chrétiens. L’Eglise n’est plus chrétienne.»

Réplique d’un autre participant: «On ne peut plus se dire chrétien si on sort de l’Eglise. On ne peut pas toujours garder toutes les options ouvertes!» «Rome n’est pas notre Eglise, il ne faut pas généraliser», nuance ce monsieur.

Mur des lamentations

Ceux qui n'ont pas participé aux discussions ont pu déposer leurs griefs – ou louanges – sur un «mur des lamentations» installé devant l’abbaye.

Là encore, le Vatican a souvent été critiqué. Mais l’Abbaye d’Einsiedeln également. Quelqu’un a écrit: «Vous n’avez rien de mieux à faire?»

Les abbayes du type d’Einsiedeln seront peut-être appelées à jouer un rôle de «biotope spirituel», comme l’a dit un professeur de théologie allemand présent lors du débat, en lieu et place des paroisses.

Avec leurs multiples initiatives (les croyants sont invités à participer à la prière de midi depuis le début du mois), les bénédictins schwytzois semblent prendre cette tâche à cœur.

swissinfo, Ariane Gigon Bormann, Einsiedeln

En bref

- 9-12 juillet 2003: première édition de l’«Autre pèlerinage».

- Quelque 120 personnes ont participé à différents débats organisés autour de trois thèmes: l’Eglise et la spiritualité, l’Eglise et mon corps, l’Eglise et mon opinion.

- Martin Werlen a été élu abbé de l’abbaye d’Einsiedeln fin 2001.

- L’abbaye d’Einsiedeln a été fondée après 934, à l’endroit où l’ermite Meinrad vécut.

- La communauté bénédictine à l’Immaculée Conception a été fondée en 1602.

- Le pèlerinage annuel à la Vierge noire a lieu le 14 septembre.

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