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Daniel Gschwind surfe entre tourisme et corail

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Inconnu en Suisse mais incontournable en Australie, le Bâlois Daniel Gschwind est le «Monsieur tourisme» du Queensland. Et il vient d'être nommé membre de la plus haute autorité de surveillance de la Grande barrière de corail. Récit d'un parcours hors-normes.

Ce contenu a été publié le 09 juin 2009 - 11:29

Daniel Gschwind a gardé ses habitudes de pendulaire suisse, mais en version australienne: il parcourt chaque semaine... 4000 km en avion. Si cet ex-skippeur «navigue» autant, c'est pour le compte du tourisme australien.

En quelques années, le Bâlois est devenu incontournable dans ce milieu. Il vient d'ailleurs d'être nommé par le ministre de l'Environnement membre du comité de la plus haute autorité de surveillance de la Grande barrière de corail, classée au Patrimoine de l'humanité. C'est à Sydney que nous avons attrapé entre deux vols ce sportif à la silhouette filiforme, si discret et posé qu'on peine à l'imaginer dans l'arène politique. Il œuvre en fait en coulisse.

De la Grèce à l'Australie

Comment est-il passé de l'îlot suisse à la plus grande île du monde? En faisant un détour par les îles grecques... «J'ai passé un bac économique en Suisse, explique Daniel Gschwind. J'ai toujours pensé que je travaillerais dans ce domaine. Sauf que j'ai pris des vacances...»

Un voyage en Asie, dans les années 70, lui ouvre l'appétit. Il repart ensuite en Grèce pour quelques semaines. Il y restera finalement dix ans. Son métier: skipper sur un 30 mètres. C'est là-bas qu'il rencontre sa future femme, Sheridan. Elle est Australienne. Il est Suisse. Difficile de choisir leur nouvelle patrie.

«Après dix ans de vie sur un voilier, il était plus facile pour moi de vivre sur une île, même si c'est la plus grande au monde. A l'époque, il y avait beaucoup d'opportunités, tout était possible en Australie», se souvient-il. C'était il y a 23 ans. Le couple suisse-australien presque trentenaire reprend les études et pouponne en même temps avec leur premier enfant.

De toutes les négociations

Sa maîtrise d'économie en poche, Daniel Gschwind entre au Département du Trésor du Queensland, où il s'intéresse vite à l'impact financier du tourisme. «Le tourisme n'est pas une industrie comme les autres, explique-t-il. D'un point de vue politique, on ne comprenait pas bien comment cela marchait. C'est d'ailleurs encore souvent le cas.»

Au fil des ans, il est de toutes les négociations et notamment l'une des plus importantes pour l'avenir du récif corallien. «Il y a quatre ans, l'industrie touristique associée au WWF ont obtenu l'interdiction de la pêche dans un tiers de la zone de la Grande barrière de corail, contre 5% auparavant. Tout le monde y gagne à long terme.»

Un regret? Il n'en trouve pas. Et quand on lui demande s'il aurait rêvé être l'initiateur de la campagne au succès mondiale, «The Best job in the world», il rit aux éclats: «J'ai déjà le «best job in the world !»

On croit volontiers ce passionné de nature qui défend un tourisme éthique et de qualité dans une multitude de comités. Lui-même ne sait plus combien... Il y en a douze inscrits sur son CV.

Directeur de l'association des industries touristiques du Queensland qui regroupe 3000 membres, Daniel Gschwind est aussi membre du Comité de Prévision touristique en Australie, d'un centre de recherche sur le corail et sur la forêt tropicale, d'un autre sur le service des parcs. Il est encore professeur adjoint à l'université.

Consul honoraire

Ah oui, il allait oublier son engagement comme consul honoraire suisse dans le Queensland. Mais peut-il encore être efficace en étant partout? C'est un peu le problème. «Il y a des choses que j'aimerais mieux faire si j'avais plus de temps», reconnaît-il.

Aujourd'hui, le quinquagénaire, devenu l'interlocuteur des ministres australiens du Tourisme, de l'Environnement ou encore de l'Industrie, s'étonne lui-même du chemin parcouru. «Je n'ai rien planifié. J'ai toujours pris les opportunités qui se présentaient», assure-t-il.

Plutôt paradoxal pour ce professionnel de la stratégie politique. Son statut d'étranger n'a même jamais posé de problème dans son ascension professionnelle. «Je me suis tout de suite senti accepté en Australie.» Seul hic: son nom, imprononçable ici. Daniel Gschwind a même songé à en changer, puis s'est habitué à se faire appeler «Mr. Gechwin».

«Le tourisme suisse est trop fractionné»

Même loin de ses origines, il s'efforce d'appliquer au quotidien des valeurs suisses: l'écoute, la diplomatie, l'équilibre. Cet homme modéré tente constamment de rassembler les acteurs touristiques. Son leitmotiv: «parler d'une seule voix».

Mais cela, ce n'est pas un héritage suisse. «Le tourisme suisse est trop fractionné juge-t-il. Chacun fait tout dans son coin. On n'a pas les moyens de fonctionner ainsi. Les Australiens connaissent la Suisse, mais pas chaque station de ski par exemple. En revanche, le système 'myswitzerland' fonctionne très bien».

S'il garde un œil sur la Suisse, a-t-il pour autant envie d'y retourner un jour? «Je pourrais repartir pour une courte durée d'un ou deux ans. Mais l'Australie, c'est chez moi maintenant.» Et quelle sera sa prochaine casquette australienne? Il se verrait bien «sage», plaisante-t-il. Avant d'avouer qu'une fonction internationale le tenterait. A 52 ans, Daniel Gschwind est toujours prêt à «naviguer» dans de nouvelles eaux.

Sophie Roselli, Sydney, swissinfo.ch

Grande barrière de corail

Site: considérée comme le plus grand organisme vivant au monde, elle est inscrite au Patrimoine mondial de l'UNESCO.

Superficie: le récif corallien, constitué de 3000 récifs, s'étend sur plus de 2600 km au large de l'Etat du Queensland, sur la côte est de l'Australie. Sa superficie est presque aussi grande que celle de l'Allemagne...

Menaces: le réchauffement climatique, la pollution agricole, la pêche mettent notamment en danger les récifs.

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Les anges gardiens de la Grande barrière de corail

But: créé en 1975, Le GBRMPA (The Great Barrier Reef Marine Park Authority) a pour objectif de gérer le parc marin de la Grande barrière de corail en conformité avec les principes du développement durable.
Son comité est composé des représentants politique, juridique, touristique, scientifique, et de la communauté aborigène. Deux cents personnes travaillent pour cette organisation.

Etat des lieux: un rapport de 800 pages, comprenant notamment les dernières études scientifiques, sera présenté dans quelques semaines par le ministre de l'Environnement Peter Garrett. Il servira de référence pour définir les actions à venir.

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