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Voyageur solitaire

Pascal Rebetez, le constat de la solitude. tsr.ch

L'écrivain et journaliste jurassien Pascal Rebetez publie un ouvrage intitulé «Un voyage central et autres récits nomades» aux Editions de l'Hèbe.

Ce contenu a été publié le 26 mai 2006 - 08:44

Rolf Kesselring s'est penché sur ce récit où un père découvre sa propre solitude à travers les relations difficiles qu'il a avec son fils.

Nous avons tous, en nous, des continents de bonheur et des banquises de chagrin. Pas une femme, pas un homme, qui n'ait tenté de les arpenter, de les mesurer. Voyageur conscient, lucide, ou simple passager de son inconscient. C'est le cas de Pascal Rebetez dans un ouvrage paru aux Éditons de l'Hèbe.

La géométrie de nos angoisses, de nos plaisirs, de nos tentatives amoureuses, dessine les arcanes subtiles du jeu de rôles père/fils; arcanes souvent enfouies au plus profond de soi-même, presque toujours indicibles. Pour simplement essayer de se trouver, de se connaître ou se reconnaître un peu, il faut marcher, beaucoup marcher. Il faut voyager.

Le paysage intérieur d'un être humain est sans doute le plus secret, le plus caché. Pour le découvrir, il faut se déplacer dans ce qu'il est convenu d'appeler la «réalité». Alors, on fait un long «un voyage central».

Un périple inévitable

Pascal Rebetez est un Jurassien connu pour ses apparitions sur le petit écran, mais aussi pour ses poèmes, ses récits. Dans cet ouvrage, il se prête à un jeu compliqué qui consiste à déchiffrer ce parcours inévitable, pour un père, qui tente de renouer avec un fils.

Longue patience, délicat combat contre une indifférence affectée! Pour tout dire, tenter de comprendre l'adolescence. Écouteurs enfoncés dans les conduits auditifs, grand méchant look à la mode, et, pour corser l'affaire, cet air blasé, désabusé, qui agace et empêche le décodage.

Cette entreprise est un voyage qu'ils entreprennent à deux, un périple presque aussi difficile à réaliser que le percement d'un tunnel à travers un massif alpin.

Du Gothard à la Léventine

La montagne toujours présente et ce fils encore fuyant... peut-être fuyard? On sent toute la distance qui les sépare. Finalement, ils sont seuls l'un et l'autre, comme deux sommets qui, figés dans leur posture pétrifiée, se font face, immobiles passagers d'un drame banal et récurrent dans notre société.

Et le voyage continue. Un voyage que le père, plus désillusionné que jamais, va finir seul à l'autre bout du tunnel.

Et le voyage continue...

Comme le spectacle, le voyage doit continuer. Nouveaux horizons, villes nouvelles, têtes inédites, personnages uniques, tout est bon pour combattre cette réalité triste à pleurer.

Désenchanté! Le ton est donné, la couleur choisie. Pascal Rebetez va glisser, distant, d'un endroit l'autre.

J'ai écrit «désenchanté», et non pas amer, aigri ou détruit!... Sa curiosité le guide, le redresse, l'œil plus acéré, plus aiguisé. Il emmène le lecteur de Prague à Budapest et même plus loin dans ces provinces de l'Est. Le voyage devient central. Des lettres sont écrites à ce fils évanescent...

L'espoir du silence

Après un retour 'at home', il tente encore de parler, de se faire entendre. L'autre ne veut, ne peut, rien entendre. Pourtant, il crie: «Tu n'entends rien, je parle bas, je parle dans les livres, personne n'entend plus et nous ne nous entendrons plus, même en musique.»

Difficile de murmurer le désespoir! Difficile d'exister dans un monde sourd et aveugle. Que faire? Le voyage! Partir! S'évader pour tenter d'exister et de ne pas penser avec trop de lucidité! Alors, ce sera le Pérou et la Bolivie...

Juste avant, il écrit: «Vienne alors le silence.»

On est toujours seul

Ni les momies en vitrine, ni les chiens qui hurlent de peur, la nuit sur l'Altiplano, rien parvient à calmer cette douleur sourde qui le taraude. Le voyage de ce père éperdu d'espérances encore vives va s'achever à «user ses yeux à voir les gens déambuler sous leurs paupières (...)». S'en retourner aux évidences.

J'ai toujours été frappé par la pudeur de certains par opposition à mes impudeurs ironiques, mais les blessures de Pascal-le-désenchanté m'ont touché.

Je sais de quoi il parle, je connais l'odeur et l'épaisseur de ce cri rentré, retenu, j'en évalue sans cesse la densité, la toxicité. Mais depuis longtemps, j'ai appris qu'on achève son voyage terriblement, définitivement, seul.

swissinfo, Rolf Kesselring

En bref

Né en 1956, issu de l'École Supérieure d'Art Dramatique de Genève, le Jurassien Pascal Rebetez joue et met en scène pendant une dizaine d'années avant de devenir journaliste.

Il collabore régulièrement avec la Télévision et la Radio suisses romandes (TSR et RSR).

Auteur de poèmes ainsi que de nouvelles, il signe quelques pièces de théâtre, dont Marie Coquelicot et Le Meilleur du Monde, qui ont été créées au Théâtre du Grütli en 1987 et 1992.

Il est aussi responsable de sa propre maison d'éditions, Édition d'autre part.

Publications récentes:
- Un voyage central et autres récits nomades, prose, Editions de l'Hèbe 2006.
- Les mots savent pas dire, théâtre, Campoche 2005.
- Passions : trois suites poétiques, Editions de l'Aire, 2003
- Calendrier des sèves, poésie, Ed.d'autre part, Delémont, 2001

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