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Une «Noce» qui vire à l'aigre

Le metteur en scène romand Valentin Rossier offre une alternative sarcastique à l'emballage feutré des bluettes. © Mario Del Curto

Voilà une «Noce» qui s'inscrit en faux contre les sitcoms glamour et autres comédies dont nous abreuve la télévision. C'est que Brecht, son auteur, préfère avant tout dire la vérité, surtout lorsqu'elle blesse.

Ce contenu a été publié le 29 octobre 2008 - 14:30

Et sa vérité à lui, c'est que l'amour est bancal, dans le monde industrialisé en tout cas, où sa valeur a tendance à chuter comme les indices boursiers.

Déjà en 1921, quant il écrit «Noce», Brecht considère le couple sous l'effet d'une machine sociale grippée. C'est dire que l'écrivain avait une capacité d'analyse et d'anticipation étonnante qui l'a poussé à modeler le flux des sentiments sur celui déréglé du capital affectif.

Un banquet acide

A l'emballage feutré des bluettes, Valentin Rossier, qui met en scène la pièce de Brecht, offre donc une alternative sarcastique. Sa «Noce» est un banquet qui se déguste acide. Assis à une table rectangulaire, face au public, neuf acteurs consomment du prêt-à-manger et du prêt-à-penser. Cela va des barquettes en alu, type Migros, aux réflexions du genre: «La mariée est innocente et le mari durci par les tempêtes de la vie».

Le mari, la mariée, leurs parents et leurs invités: figures habituelles d'une «Noce» qui est tout sauf classique. Car ici la fête se fige dans les poncifs, l'amour se noie dans les aigreurs et s'effondre comme la table du banquet, comme les chaises, comme la foi dans le bonheur.

Fêter l'amour dans le chaos

Rien de triste pourtant dans ce spectacle qui fait beaucoup rire le public. Mais de quoi rit-il, ce public? Il rit de l'hypocrisie sociale que Valentin Rossier règle comme un rituel auquel il est difficile d'échapper. Ses neufs acteurs (dont il fait partie) composent une statuaire pétrifiée quand d'un même geste, hiératique, ils lèvent leur verre à la santé des jeunes époux.

Par moments, ses noceurs rassemblent leurs énergies flétries l'instant d'une danse. On se dit alors que tout va s'enflammer. Mais non, on comprend vite que la danse sert ici d'exutoire aux frustrations. Affleurent alors les désirs tus: l'ami du marié fait la cour à l'épousée en robe blanche. Tout prend une dimension burlesque dans ce banquet vacillant qui s'échine à rester debout.

Au plus près d'une réalité sociale et psychologique dévastée, Brecht et son metteur en scène fêtent l'amour dans le chaos. De quoi dissuader plus d'un.

swissinfo, Ghania Adamo

«La Noce chez les petits bourgeois», de Bertolt Brecht. Mise en scène Valentin Rossier. Théâtre de Vidy-Lausanne, à partir du 30 octobre. L'Heure-Bleue, la Chaux-de-Fonds, le 29 novembre

Valentin Rossier

Metteur en scène et acteur genevois.

Il fonde en 1994 l'Helvetic Shakespeare Company avec laquelle il crée quasiment toutes les pièces du Grand Will, qui le feront connaître du public romand.

Invité à présenter son travail sur les scènes institutionnelles, il s'attaque par la suite à d'autres auteurs du répertoire, dont Odon Von Horvath, Thekhov et Bertolt Brecht.

De ce dernier, il monte avec succès «Dialogues d'exilés», spectacle qui lui vaudra les honneurs parisiens.

En tant que comédien, il travaille sous la direction de Claude Stratz, Katarina Thalbach, Frédéric Polier...

Au cinéma, il est dirigé, entre autres, par Pierre Maillard «(Un homme sans histoire», «Potlatch») et Alain Tanner («Fourbi»).

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