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Images atemporelles, du Rhône à la Neva

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Saint-Pétersbourg et Genève... Le photographe Jean-Jacques Kissling propose un regard croisé et personnel pour évoquer les deux villes. Rencontre.

Ce contenu a été publié le 26 août 2005 - 08:54

Cette double exposition est à voir à Genève, au Musée des Suisses dans le monde et au Conservatoire et jardin botaniques de la ville.

C'est au très chic Château de Penthes, Musée des Suisses dans le monde, qu'on découvre le versant saint-pétersbourgeois de l'exposition. Et dans le cadre non moins verdoyant du Jardin botanique, non loin de là, le versant genevois.

Les eaux de la Neva, celles du Léman, l'architecture spécifique de chaque ville, mais aussi des piétons sur la Perspective Nevski ou des participants à la 'Lake Parade' sur les quais du Léman... Pour dire tout cela, Jean-Jacques Kissling a eu recours à des ambiances de cartes postales colorisées, comme on en voyait au cours de la première moitié du 20ème siècle.

swissinfo: Vous êtes Genevois vous-même. Avez-vous une relation particulière avec Saint-Pétersbourg?

Jean-Jacques Kissling: Ma femme vient de Saint-Pétersbourg! Et au-delà de cela, je me suis dit un jour que quand Leningrad s'appellerait à nouveau Saint-Pétersbourg, j'irais y voir ce qui s'y passe.

J'y suis allé, et c'est une ville assez magique. Il s'y passe plein de choses, j'y ai rencontré pas mal d'artistes, de peintres. C'est d'ailleurs ce qui a influencé le style des images qu'on peut voir ici. Des images qui baignent dans la nostalgie, le romantisme.

swissinfo: Les photographies sont effectivement retravaillées. Selon quel procédé?

J.-J.K.: C'est du papier photo, qui est viré (les cellules d'argent sont oxydées, selon une technique ancienne, mais courante). Puis les images sont repeintes au pinceau avec une aquarelle transparente. Le virage est d'ailleurs aussi appliqué au pinceau, ce qui donne un effet vieillissant. Cela donne des photos un peu hors temps. J'essaie de faire en sorte qu'on ne puisse pas dater ces images.

swissinfo: Impression de passé indéfini, mais de passé quand même. Pourquoi avoir choisi cette approche nostalgique plutôt que de laisser ces deux villes dans leur contexte du 3e millénaire?

J.-J. K.: Peut-être parce que nostalgique rime avec romantique! Saint-Pétersbourg en particulier baigne dans le romantisme. C'est une ville entièrement baroque. Et à Genève, même les bâtiments modernes ont une touche assez ancienne, parfois...

swissinfo: En photographiant ainsi votre propre ville, vous en travestissez la réalité quotidienne. Cela implique de créer une distance...

J.-J.K.: Mais cela a été la même chose avec Saint-Pétersbourg. Les gens courent, n'ont pas le temps de s'arrêter pour regarder. C'est le rôle du photographe, peut-être, de s'arrêter et de regarder les paysages, comment la ville se développe, ses atmosphères...

Les Saint-pétersbourgeois ont été surpris par leur ville, comme les Genevois vont l'être par la leur, je l'espère. C'est la première fois que la série genevoise est exposée à Genève. Elle a par contre été déjà présentée à Saint-Pétersbourg et à Tbilissi, en Géorgie.

swissinfo: Dans votre travail, quels points communs avez-vous relevés entre Genève et Saint-Pétersbourg?

J.-J.K.: Il y a en tout cas un point commun entre les deux villes, c'est que c'est un Genevois, Lefort, qui était un ami de Pierre le Grand, qui a conçu Saint-Pétersbourg. Il y a laissé son empreinte. Par ailleurs, Dostoïevski est venu à Genève, et Lénine... Il y a plein d'histoires communes entre les deux villes.

swissinfo: Et il y a l'eau: le Léman et la Neva.

J.-J.K.: A Saint-Pétersbourg, il y a des canaux, l'eau est omniprésente, tout le temps. C'est moins le cas à Genève: dès que l'on va dans les quartiers, on ne sent plus le lac. Mais il est vrai que l'eau est importante dans les deux villes et beaucoup de peintures, qu'elles soient saint-pétersbourgeoises ou genevoises, ont été influencées par des vues liées à l'eau, la rade ou la Neva!

swissinfo: Vous exposez au Musée des Suisses dans le monde. Vous n'êtes pas un représentant de la 5ème Suisse, mais voyagez énormément. Votre regard sur la Suisse, sur Genève, change-t-il quand vous êtes de l'autre côté de la planète?

J.-J.K.: Le fait d'aller ailleurs permet de mieux voir comment on est chez soi. Il y a des gens qui voyagent parce qu'ils en ont ras-le-bol de chez eux, mais il y en a d'autres qui voyagent parce qu'ils aiment bien leur région, et le fait de voyager permet d'avoir un autre œil sur son propre environnement.

swissinfo: Une façon d'être présent sur la terre entière, c'est le web... Vous avez un site qui est une vraie banque de données à disposition du public.

J.-J.K.: J'ai fourni beaucoup d'images à des associations écologiques, ou des mouvements contre la torture etc. De fil en aiguille, les photos finissaient dans les rédactions des journaux, qui les publiaient et ne les payaient jamais!

Alors j'ai mis presque toutes les photos sur Internet – il y en a maintenant 6000. Tout le monde peut se servir, on peut les télécharger gratuitement. Ce qui fait qu'il y a pas mal de petits journaux en Inde, en Slovénie, en Afrique qui se servent. Cela leur offre une alternative, car les photos d'agence coûtent cher. Cela représente aussi une base de données gratuite pour plein d'étudiants.

swissinfo: En général, le soucis du photographe, c'est surtout de récupérer ses droits. Vous avez une vision très idéaliste de votre métier!

J.-J.K.: Peut-être... Mais ce que je prends en photo, c'est tout de même des choses qui sont dans la rue. Je n'ouvre pas une porte fermée à clé pour prendre ces photos-là. Donc cela appartient un peu à tout le monde. Et l'image, c'est important pour la communication.

Je suis donc effectivement à contre-courant. Mais disons que j'aimerais quand même que certains journaux m'achètent des photos... et les paient!

Interview swissinfo, Bernard Léchot à Genève

Faits

La double exposition «Saint-Pétersbourg – Genève collections» est à voir au Château de Penthes, Musée des Suisses dans le monde pour sa partie russe et au Conservatoire et jardin botaniques de la ville de Genève pour sa partie suisse.
Jusqu'au 11 septembre 2005.

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En bref

- Jean-Jacques Kissling est né en 1961 à Genève.

- De 1977 à 2002, il travaille à mi-temps à la poste comme facteur de campagne remplaçant et à mi-temps comme photographe reporter!

- Indépendant depuis 2002, il travaille ou a travaillé notamment pour 'Le Courrier de Genève', 'La Vie Protestante', Greenpeace, la Ville de Genève ainsi que de nombreuses associations.

- Il a effectué de nombreux voyages:

Pays Baltes 2002
Chine 1985/86/92/94
Cuba 1990
Géorgie 2004
Hongkong 1985/86
Hongrie 1989
Inde 1990/95
Israël 2000
Mongolie 1992/94
Népal 1983/86
Pakistan 1989
Pologne 1992
Russie 1992 à 2004
Jamaïque 1989
USA 1982
Thaïlande 1986/89/95
Tibet 1986

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