Navigation

De Bergame à Lausanne, la ballade de Pisanello

Le portrait de Lionello d'Este par Pisanello est l'un des tableaux les plus fameux de la Renaissance italienne.

Le portrait de Lionello d'Este, par Pisanello, est l'une des œuvres les plus célèbres de la peinture italienne de la Renaissance. Avec quelque 70 tableaux prêtés par l'Accademia de Carrara de Bergame (I), il est à voir à la fondation de l'Hermitage à Lausanne.

Ce contenu a été publié le 22 juillet 2008 - 06:30

Il est des tableaux qui vous attirent et vous procurent une envie irrésistible de les emporter chez vous. C'est ce qu'écrivait Alan Bennet dans Going to the pictures.

Depuis le 27 juin, la fondation de l'Hermitage à Lausanne accueille plusieurs dizaines d'œuvres dans la même veine et de la même force, dont le célèbre portrait de Lionello d'Este, peint par Pisanello. Un profil curieux, une coiffure impossible à porter de nos jours et des yeux légèrement exorbités; pourtant, il séduit, bien au-delà d'un public d'amateurs avertis ou d'historiens.

Ce tableau de taille modeste – Pisanello nourrissait apparemment une prédilection pour les formats de type A4 – éblouit aussi par la richesse de ses détails, tels que le velouté de ses roses, le délicat reflet de la lumière sur les perles d'un collier, le modelé de la chair et le fin duvet de barbe entourant le menton du sujet.

Ce portrait est l'un des trésors de l'Accademia de Carrara de Bergame. Il symbolise de manière emblématique la transition du style gothique vers celui de la Renaissance.

Un travail de restauration a redonné à cette œuvre toute la profondeur de son bleu originel, une teinte que les outrages du temps avaient fini par noircir totalement. A Lausanne, l'écrin offert par les murs de l'Hermitage permet à ce tableau exceptionnel de dégager toute sa splendeur.

D'autres joyaux, également mis à disposition par le musée italien dans la même opération, sont exposés aux côtés de la peinture de Pisanello. «Dans le passé, nous l'avions déjà prêté à Londres, explique Giovanni Valagussa, conservateur de l'Accademia. Mais c'est la toute première fois que l'essentiel des chefs-d'œuvre de notre collection quitte notre institution d'un seul coup.»

De l'ombre à la lumière

Un fait plutôt inhabituel qui s'explique par les travaux de restructuration dont l'Accademia Carrara fait actuellement l'objet.

«Une exposition hors murs a permis d'éviter que les œuvres ne reposent dans un dépôt durant la période des travaux. Et un musée comme celui de Lausanne garantit les meilleures conditions de conservation et permet de valoriser un patrimoine très réputé, et pourtant rarement associé à la cité de Bergame. Rares sont ceux qui savent, par exemple, que le portrait de Lionello d'Este – qui illustre presque tous les ouvrages d'histoire – est conservé dans un musée d'une petite ville d'Italie du nord», ajoute l'expert.

La direction de l'Hermitage, qui n'en est pas à son coup d'essai, a bondi sur l'occasion. L'institution lausannoise avait déjà accueilli d'autres collections appartenant à des musées étrangers, comme les œuvres de la collection Fabre à Montpellier.

Et le résultat est convaincant. Les œuvres exposées sont savamment distribuées dans les salles baignées de lumière de cette villa du 19e qui abrite le musée. «Au-delà de ces signatures de grands maîtres comme Pisanello, Bellini ou Raphaël – pour n'en citer que trois – ce qui me surprend le plus, c'est de revoir ces tableaux que je connais pourtant bien dans un cadre et une atmosphère du 19e, dans lesquels ils se confondent harmonieusement et auxquels ils appartiennent», souligne encore le conservateur.

Les œuvres, qui avaient été exécutées pour des particuliers, sont presque toutes de petites dimensions et la bâtisse lausannoise, avec ses détails architecturaux, parquets, lambris, portes et fenêtres d'époque, reproduit parfaitement cette intimité bourgeoise et discrète qui leur sied si bien. «Sous certains aspects, ce bâtiment est plus adapté à de telles pièces que l'enveloppe sévère et solennelle d'un musée», souligne Giovanni Valagussa.

La lumière de l'Hermitage aussi, est très appréciée. «Il est vrai que les musées ont généralement tendance à recourir à la lumière artificielle, alors que la lumière naturelle permet de mieux apprécier les tableaux. A cela s'ajoute que certaines salles, plutôt intimes et garnies de grandes fenêtres orientées sur un paysage magnifique comme le parce et le Léman, flattent les couleurs et l'éclat des peintures», poursuit-il.

L'école du réalisme

Le prolongement donné par la nature extérieure est particulièrement frappant dans le réalisme, typique des œuvres de l'école lombarde. Ainsi, au second plan du portrait de la Madonna del latte di Bergognone (Madone du lait de Bergognone), par exemple, on aperçoit un rosier et un pan de village. Des d'éléments qui mettent en exergue le cadre bucolique de l'Hermitage, dans la région lausannoise.

«J'espère que cette exposition nous donnera des idées pour la réorganisation de notre institution. A l'heure de la fermeture, les murs de notre musée étaient recouverts de tableaux et les œuvres étaient littéralement accrochées les unes à côté des autres, déclare Giovanni Valagussa. Redécouvrir une sélection d'entre elles dans un contexte différent nous ouvre les yeux et devrait nous permettre d'envisager de nouvelles solutions à l'avenir».

Autrement dit, pour donner le meilleur d'eux même, les tableaux aussi ont besoin de respirer.

swissinfo, Doris Lucini, Lausanne
(Traduction de l'italien: Nicole della Pietra)

L'EXPOSITION

«La peinture italienne de la Renaissance au 18e siècle. Trésors de l'Accademia Carrara de Bergame», est à voir à la Fondation de l'Hermitage de Lausanne jusqu'au 26 octobre 2008.

Quelque 70 tableaux de maîtres prestigieux tels que Carpaccio, Canaletto, Botticelli, Raphaël et Pisanello y sont exposés.

Après Lausanne, l'exposition poursuivra son voyage vers d'autres musées. Des négociations sont en cours avec plusieurs institutions françaises. Par contre, une proposition japonaise a été déclinée par les conservateurs, pour des questions d'espaces peu adaptés à de tels chefs-d'œuvre puisqu'il s'agit de grands magasins.

End of insertion

ACCADEMIA CARRARA

Situé à Bergame, le musée fait partie de l'école internationale des Beaux-Arts de l'Accademia Carrara.

L'institution recèle plus de 1800 tableaux réalisés entre le XVe et le XIXe siècles, en particulier par les écoles lombardes et vénitiennes.

La date de sa fondation, 1796, correspond à la disparition du comte Giacomo Carrara, qui légua sa collection à l'académie.

Au fil des ans, le patrimoine s'est enrichi de précieuses acquisitions, comme les œuvres qui ont appartenu au comte Guglielmo Lochis (1866) et à l'historien de l'art Giovanni Morelli (1891).

Actuellement, le musée est fermé pour cause de travaux pour une période de deux ans environ.

End of insertion

FONDATION DE L'HERMITAGE

L'Hermitage à Lausanne est une belle bâtisse du 19e siècle entourée d'un parc verdoyant, ouvert au public. Le site offre une vue magnifique sur la cathédrale de Lausanne et sur le lac Léman.

Légué à la ville en 1976, l'édifice a été réaménagé en musée des Beaux-Arts en 1984. Depuis lors, deux à trois expositions y sont organisées chaque année. Le musée a aussi sa propre collection, mais celle-ci n'est pas exposée en permanence.

End of insertion

Cet article a été importé automatiquement de notre ancien site vers le nouveau. Si vous remarquez un problème de visualisation, nous vous prions de nous en excuser et vous engageons à nous le signaler à cette adresse: community-feedback@swissinfo.ch

En conformité avec les normes du JTI

En conformité avec les normes du JTI

Plus: SWI swissinfo.ch certifiée par la Journalism Trust Initiative

Joignez-vous à la discussion

Partager cet article

Changer le mot de passe

Souhaitez-vous vraiment supprimer votre profil?