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«Melnitz», mémoire vibrante des juifs d'Argovie

Le roman de Charles Lewinsky traverse trois guerre Keystone

Les éditions Grasset publient en français le roman imposant de Charles Lewinsky. L'écrivain zurichois y déroule le fil d'une histoire familiale, celle des Meijer, juifs d'Endingen qui, de 1871 à 1945, vont se battre contre guerres et rejets.

Ce contenu a été publié le 09 octobre 2008 - 08:22

On ne saura pas combien de temps il a vécu, ni comment il a vécu, ni où il a vécu. Tout ce qu'on apprendra, c'est qu'«après sa mort, il revenait. Toujours». Lui, Melnitz, qui donne son nom au roman de Charles Lewinsky.

L'oncle Melnitz, comme on l'appelle, hante donc de sa présence fantomatique les 776 pages de ce roman-fleuve qui démarre en 1871 et s'achève en 1945.

Septante quatre ans de la vie d'une famille, les Meijer, Salomon et Golda, et leurs descendants. Cinq générations de juifs d'Argovie se batteront contre vents et marées, contre guerres et rejets, et tenteront de trouver leur place dans une Suisse perçue comme un pays sans histoire alors même que l'Histoire frappe lourdement aux portes de l'Helvétie.

Trois guerres

Lourdement, car le roman traverse trois guerres, la guerre franco-prussienne d'abord, puis la Première Guerre mondiale, puis la Deuxième.

Batailles historiques et batailles familiales cheminent ici côte à côte dans une atmosphère grave et légère, émaillée de bannissements et de morts, de légendes talmudiques, de contes bibliques et d'humour yiddish.

1871 donc. Voici Janki, soldat français rescapé de la bataille de Sedan -c'est du moins ce qu'il prétend. A pied, il traverse le Jura et débarque par une nuit glaciale à Endingen, chez Salomon Meijer, marchand de bestiaux, époux très honorable de Golda, femme au foyer dévouée, et père de deux filles, Mimi et Hannele l'adoptive.

Un redoutable Rastignac

A l'époque, Endingen et sa voisine Lengnau étaient les deux bourgades d'Argovie où vivaient les juifs de Suisse. Ces derniers s'y étaient établis non pas «pour la qualité de l'air, mais parce que, pendant presque un siècle, la Confédération Helvétique ne leur avait point accordé d'autres lieux de résidence», écrit Charles Lewinsky.

Avec l'arrivée de Janki, les Meijer vont petit à petit s'affranchir d'Endingen. Car ce soldat désargenté et affamé, accueilli avec générosité par Salomon dont il se dit cousin éloigné, s'avère être un redoutable Rastignac. Opportuniste, armé d'audace et doté d'un joli pouvoir de séduction, il parvient à ouvrir, trois mois après son arrivée tempétueuse, un magasin de tissus à Baden.

Aimé de Mimi, il épousera néanmoins Hannele et lui fera trois enfants, dont l'un deux, François, le surpassera en ambition.

La mémoire du Judaïsme

Janki n'est que le point de départ d'une histoire d'affranchissement et d'émancipation qui court sur plusieurs décennies et qui est sans cesse chahutée par la grande Histoire. L'auteur en trace les mouvements telluriques qui ébranlent souvent l'espoir de ses personnages: la loi fédérale interdisant l'abattage des vaches selon le rite juif, les taxes exorbitantes imposées aux immigrés de Galicie durant la Première Guerre mondiale, la montée du nazisme dans les années 1930 et la percée des Frontistes à Zurich...

Autant d'obstacles posés sur le long chemin d'une intégration jugée difficile, voire impossible, par l'oncle Melnitz. Car cette voix d'outre-tombe, qui porte en somme la mémoire du Judaïsme, ponctue le récit de ses avertissements contre l'antisémitisme larvé et de ses mises en garde pessimistes.

Tellement pessimistes que l'on en vient à se demander si Melnitz ne fait pas peur à l'auteur lui-même, comme il fait peur à certains personnages du roman. Lesquels le repoussent ou l'écoutent selon qu'ils adhèrent à ses croyances ou, au contraire, condamnent ses craintes agitées comme un épouvantail sous leur nez.

On ira même jusqu'à penser qu'il y a chez Charles Lewinsky un sentiment mêlé d'admiration et de répulsion pour ce Melnitz qui s'apparente à un Golem et se pose en vigile, en protecteur sourcilleux d'une communauté juive qui ne demande finalement qu'à sortir de son ghetto.

swissinfo, Ghania Adamo

Le roman

«Melnitz», de Charles Lewinsky. Traduction française de Léa Marcou, Grasset, 776 pages.

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Charles Lewinsky

Né à Zurich en 1946.
Après des études de littérature allemande et de théâtre, il débute son apprentissage de metteur en scène avec Fritz Kortner.
Pour la télévision suisse alémanique (DRS), il signe plusieurs sitcoms.
Tour à tour dramaturge, scénariste ou parolier, il est l'auteur de très nombreux spectacles primés.
Son roman «Johannistag» (à paraître chez Grasset) lui vaut le prix de la Fondation Schiller en 2000.

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