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«J'ai grandi avec le cinéma égyptien et indien»

Samir: «J’aime raconter des histoires qui se finissent bien». Keystone

D’origine irakienne, le réalisateur zurichois Samir présente son dernier film «Snow White» en compétition internationale au Festival de Locarno.

Ce contenu a été publié le 08 août 2005 - 11:16

Dans une interview à swissinfo, il parle de son travail de cinéaste, de son regard sur la société moderne et de ses projets pour l’avenir.

«Snow White» (Blanche Neige) raconte la liaison entre deux jeunes de milieux différents: Nico (Julie Fournier), fille à papa de la Goldküste zurichoise, et Paco (Carlos Leal), rappeur de la banlieue genevoise. Une fable sur la société moderne de consommation.

swissinfo: D’où vous est venue l’envie de parler de cette jeunesse zurichoise, riche, branchée, mais perdue?

Samir: Je ne suis pas né dans cette ville, dans ce monde-là. Mais, comme tout le monde, je suis fasciné par ce milieu branché qu’on voit dans les pubs. Je voulais comprendre ce qui se passait dans cette société moderne où tout est devenu marchandise au point que les humains risquent de devenir marchandise eux aussi.

Je crois que pour la fraction isolationniste en Suisse, mon film représente un cauchemar, parce qu’il se passe dans un milieu urbain, moderne, jeune, dont je ne partage pas tout, mais qui existe. C’est l’un des visages de la Suisse.

Mon but n’était pas de faire un film uniquement sur cette jeunesse dorée zurichoise, mais plutôt de montrer un exemple de notre vie moderne à tous, ici comme ailleurs. Et puis, «Snow White» est avant tout une histoire d’amour qui se déroule entre deux mondes.

L’autre monde, c’est celui du hip-hop, du rap, de la banlieue genevoise. Il illustre la classe ouvrière – si on peut encore l’appeler comme ça aujourd’hui. Le personnage de Carlos Leal représente ce monde qui finalement m’intéresse presque plus que celui d’une jeunesse dorée, incarnée par Nico.

swissinfo: Pourquoi avez-vous choisi le mélodrame plutôt que le documentaire pour évoquer ce thème?

Samir: Notre vie crée les histoires pour les films. Mais les films sont en fait des contes modernes. Certains ont dit que je montrais des clichés. Mais les clichés sont basés sur la réalité.

Et l’histoire d’une fille riche qui sombre, c’est un classique. Dans la littérature, on peut penser à Mme Bovary, Anna Karenine. Moi, j’ai essayé de prendre cette histoire d’amour pour raconter quelque chose sur notre société moderne.

swissinfo: Dans «Snow White», vous mélangez plusieurs genres cinématographiques...

Samir: Les jeunes d’aujourd’hui ont l’habitude de zapper. Je suis comme eux. Je trouve naturel de raconter quelque chose de dur et de passer, l’instant d’après, à un autre langage cinématographique, de l’ordre de la superficialité ou du conte.

Mon enfance en Irak a été marquée par les mélodrames égyptiens et indiens. Dans ces films-là, on raconte des histoires réelles, mais toujours avec des coupures musicales, artificielles. Pour moi, c’était normal de le faire aussi.

Cela dit, je comprends que certains n’apprécient pas ça. Il y a toujours cette idée que, d’un côté, on trouve ce qui est sérieux et, de l’autre, tout le reste, pour la masse. Moi, je ne fais pas la différence.

J’ai grandi dans la classe ouvrière avec une culture politique, mais aussi un amour pour les contes, le rêve, le chant, la musique... Ces choses qui enrichissent notre monde réel.

swissinfo: Le casting du film semble réunir tous les atouts pour rencontrer le succès auprès du public. Carlos Leal, chanteur de Sens Unik, une star en Suisse. Et Michael Sauter, le scénariste de «Achtung, Fertig Charlie!»... Une stratégie marketing?

Samir: Non, ma boîte de production ne fait pas dans le 'high concept’ comme les Américains. En fait, c’était un hasard.

Je connais Carlos depuis mon premier documentaire 'Babylon 2' sur les enfants de l’immigration. A l’époque, il vendait des chaussures et personne ne pensait qu’il allait devenir un jour cette star du hip-hop...

Et c’est pareil pour Michael. Quand nous avons commencé le scénario de «Snow White», il travaillait parallèlement sur «Achtung, Fertig, Charlie!». A ce moment-là, aucun de nous ne pensait que le film allait être un hit du box-office en Suisse.

Par ailleurs, Michael Sauter avait déjà fait le scénario de «Strähl» pour ma boîte de production. Je trouvais qu’il écrivait des choses rudes. Et ça me plaisait. Parce qu’il n’est pas comme moi. J’aime raconter des histoires qui finissent bien.

swissinfo: Trouver le financement pour «Snow White» n’a pas été facile. Comment vous sentez-vous aujourd’hui en tant que réalisateur, ici, en Suisse?

Samir: Je crois que la vie d’un cinéaste est la même partout. Attendre. Travailler. Attendre. Ecrire. Attendre. Demander, demander, demander. Présenter.

C’est une longue histoire de faire un film. Il faut accepter ça. Nous sommes déjà des privilégiés de pouvoir faire ce métier. Parfois, il faut juste de la patience.

Récemment, j’ai écris six scénarios. Aucun n’a pu être financé. Mais je n’ai jamais déprimé. Je me suis engagé pour augmenter les moyens de financement à Zurich et ça a fonctionné.

swissinfo: Quels sont vos espoirs pour le film au Festival de Locarno?

Samir: Locarno, c’est un bon endroit pour présenter un film à une audience à la fois internationale et suisse. C’est un petit plus.

Quant à la compétition internationale, elle offre une chance d’attirer plus de spectateurs dans les salles. Et donc plus de regards différents sur notre film.

swissinfo: Dans «Snow White», vous évoquez un aspect de la société moderne suisse. Quels sont les autres thèmes que vous aimeriez aborder dans vos prochains films?

Samir: J’ai toujours beaucoup de projets. Ce qui est sûr, c’est que j’ai un scénario terminé. Il est basé sur un roman de l’écrivain suisse alémanique Peter Stamm.

C’est encore une histoire d’amour qui se passe cette fois-ci à Chicago. Je dois maintenant trouver le financement pour partir le tourner en Amérique du Nord. Un grand projet. Je ne sais pas s’il aboutira...

J’ai aussi envie de finir la dernière partie de ma trilogie, qui a commencé avec «Babylon 2», la vie des jeunes migrants en Suisse, puis «Forget Bagdad», l’histoire des juifs communistes irakiens.

Ce dernier volet, «Iraqi Odyssey», raconterait l’histoire de ma famille, éclatée partout dans le monde, de Londres à la Nouvelle Zélande, de Zurich à Paris ou Moscou et en Irak aussi.

Interview swissinfo: Alexandra Richard, Locarno

Faits

Snow White (2005)
Réalisation: Samir
Scénario: Michael Sauter
Interprétation: Julie Fournier, Carlos Leal
Sélectionné en compétition internationale à Locarno
Sortie dans les salles suisses: 1er septembre 2005

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En bref

- Samir (littéralement: le conteur) est né en 1955 à Bagdad.

- En 1961, il s’installe en Suisse où il étudie à la Schule für Gestaltung de Zurich.

- Typographe et caméraman, il réalise ses premiers films dès 1983.

- Il est l’auteur de plus de 40 films vidéo dont Babylon 2 (1993), un essai documentaire, et Forget Bagdad (récompensé en 2002 à Locarno).

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