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Crise financière: quels refuges en Suisse?

Les marchés financiers inquiètent, comme ici sur la Bahnhofsstrasse de Zurich. Keystone

Toute la planète financière est touchée par la crise partie des Etats-Unis. En Suisse, le recul de la bourse cette année dépasse les 25%. Que faire de ses petites économies? Quelques pistes en six questions.

Ce contenu a été publié le 09 octobre 2008 - 07:31

Les petits épargnants usagers du système bancaire suisse voient leur portefeuille fondre ou se demandent que faire de leur pécule. Pas simple...

Au fond, qu'est-ce qui est garanti?

En cas de faillite d'une banque suisse, le fonds de garantie du secteur (4 milliards de francs) pourvoit au remboursement de 30'000 francs au maximum par épargnant, où qu'il soit établit sur la planète. Et qu'il soit endetté (hypothèque) auprès de l'établissement en question ou non. Cette garantie concerne aussi l'épargne-vieillesse du 3e pilier.

Le petit épargnant client de deux banques qui toutes deux feraient faillite pourrait toucher jusqu'à 60'000 francs, et 90'000 avec une hypothèse à trois banques. Le délai de remboursement privilégie les plus petits épargnants.

Les actions, obligations, parts de fonds de placement sont considérés comme la propriété du client et non de la banque en cas de faillite. En théorie, pas d'inquiétude à avoir à ce niveau là donc.

La garantie de 30'000 francs ne concerne pas les clients des banques cantonales et de la Poste. Ce type d'établissements profitent généralement de la protection de la Confédération ou des cantons.

Les autorités sont-elles actives?

Face aux décisions des pays européens de relever (seuil minimum de 50'000 euros pour les 27 Etats membres de l'Union européenne) voire de généraliser leur garantie, la ministre suisse des finances ad intérim a déjà indiqué que la protection des dépôts en Suisse n'est «pas pleinement optimale» et «fait l'objet de vérification».

Pour Giovanni Barone-Adesi, professeur de théorie financière à l'Université de la Suisse italienne, le système bancaire suisse est plus solide que d'autres. «En Suisse, les banques ont fait un bon travail de nettoyage de leurs bilans et, comme UBS, ont communiqué avec transparence.»

Le débat existe toutefois sur la nécessité ou non de toucher au niveau de garantie. «La Confédération n'a largement pas les moyens de garantir tout ce qui est déposé dans les établissements bancaires suisses, sachant que la Suisse est une des premières places financières au monde pour la gestion de fortune, estime Dusan Isakov, professeur ordinaire de gestion financière à l'Université de Fribourg.

Stratégiste global de la Banque cantonale vaudoise (BCV), Fernando Martins Da Silva estime, lui, que «si la garantie des 27 provoque un afflux de fonds de la Suisse vers les 27 au détriment des banques suisses, la Confédération devra peut-être agir. Mais la réponse doit être apportée par les marchés.»

«UBS a sans doute perdu des clients, mais l'argent est resté en Suisse», assure à ce stade James Nason, porte-parole de l'Association suisse des banquiers.

Plus généralement, le Département fédéral des finances assure avoir toujours disposé d'un scénario du pire en cas de naufrage au sein du système bancaire suisse. Mais il refuse d'en dire plus. En cas de crash, les pistes de la nationalisation ou de la fusion/reprise par une ou plusieurs banques du pays est évoquée par les observateurs.

Pour le petit épargnant, quels placements ou dépôt privilégier dans la situation actuelle?

Plusieurs cas de figure sont possibles. Pour les petits épargnants déjà investis en bourse ou en obligations, à moins d'être le couteau sous la gorge, Dusan Isakov estime qu'il faut éviter de vendre actuellement. La peur est mauvaise conseillère. «Il faut rester patient et laisser passer l'orage.»

Les turbulences, Fernando Martins Da Silva les voit se poursuivre jusqu'au printemps au moins. Pour le stratégiste global de la BCV, il faut s'assurer de posséder un portefeuille suffisamment diversifié.

«Normale en tout temps au niveau de la bourse, la diversification est particulièrement importante aujourd'hui, y compris sur le plan du risque de crédit et de la contrepartie», estime-t-il. Pistes: recourir, par exemple, à plusieurs fonds de placements monétaires ou fonds obligataires de plusieurs banques ou institutions financières.

Pour les petits épargnants non-investis, Dusan Isakov déconseille les marchés d'actions ces trois à six prochains mois. L'incertitude est trop forte et aucun signal ne vient indiquer que la baisse devrait cesser. Pour placer son épargne actuellement, rien de tel que le bon vieux compte en banque (au rendement faible). De préférence dans une banque moyenne pour contourner les doutes à l'égard des grandes banques.

Pour le petit épargnant pouvant supporter un certain risque, avec un horizon à deux ou trois ans, Fernando Martins Da Silva, lui, voit actuellement «un des points d'entrée sur le marché». Mais attention, la période de volatilité/correction boursière n'est pas achevée (d'autant que la récession pointe) et il s'agit d'investir très progressivement, en plusieurs temps.

Les placements étatiques (obligations gouvernementales), voire certains fonds obligataires très diversifiés sont à envisager si l'on souhaite s'éviter trop de volatilité, estime Fernando Martins Da Silva. «L'Etat est forcément solvable, explique Dusan Isakov. La valeur refuge absolue, c'est l'Etat [les obligations étatiques]. C'est même mieux qu'un compte en banque.»

Faut–il opter pour des titres défensifs comme Nestlé ou Novartis?

La crise financière s'accompagne d'anticipations de récession. Le prix des actifs financiers intègrent la suite et, en cas de croissance économique négative, même les titres de ces entreprises pourraient encore perdre des plumes. S'y risquer passe par une bonne information, une bonne visibilité, une bonne connaissances des entreprises dans lesquelles on investit», avertit Dusan Isakov.

L'or ou l'immobilier, du solide?

Dusan Isakov déconseille les matières premières, terriblement capricieuses, l'or compris, dont le prix fluctue fortement. «Si tout s'écroulait, l'or serait une valeur refuge. Mais je n'y crois pas vraiment.»

Fernando Martins Da Silva considère, lui, que l'or a son intérêt, mais en petite quantité. Outre sa valeur refuge éventuelle, l'or voit son prix augmenter en période d'injections de liquidités par les banques centrales et de taux bas.

Pour l'immobilier en Suisse, Fernando Martins Da Silva attend un certain tassement des prix moyens, mais la récession immobilière de 1991-93 a permis d'éviter les excès spéculatifs de certains pays européens. En plus, avec le peu de terrains et de constructions nouvelles, les prix ne devraient pas trop fléchir (sauf exceptions locales). L'immobilier paraît donc un pari raisonnable.

Que faut-il absolument éviter?

Il faut éviter de concentrer le risque et les investissements dont on ne peut pas se défaire rapidement (liquides), estime le stratégiste de la BCV.

Pour le petit investisseur, les outils alternatifs de type Hedge funds sont à éviter, juge Dusan Isakov. Ils sont réservés au connaisseur. «On va avoir de mauvaises surprises prochainement de ce côté là», prévoit-il aussi.

Quant au petit épargnant qui est arrivé au degré zéro du niveau de confiance à l'égard du système financier et bancaire, il a une autre solution: la location d'un safe en banque pour y déposer son cash.

swissinfo, Pierre-François Besson

Sur les bourses

Les marchés d'actions ont vécu une nouvelle journée noire mercredi, malgré les baisses de taux conjuguées décidées par six grandes banques centrales, dont la Banque nationale suisse.

A Zurich, l'indice SMI de la bourse suisse a perdu 5,51%, à 6073,45 points. Francfort a abandonné 5,88%, Paris, 6,39% et Londres, 4,9%.

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Où est l'argent?

Les bourses s'écroulent et la question est la suivante: qu'advient-il de l'argent envolé? Pour les investisseurs qui ont vendu leurs titres, il se retrouve sous forme de liquidités.

Mais «lorsqu'on dit que dix milliards de valeur se sont évaporés, c'est vrai uniquement si les gens revendent leurs titres, c'est à dire qu'ils réalisent des plus-values ou des moins-values», explique le professeur de gestion financière Dusan Isakov.

En clair, la bourse est avant tout un marché sur lequel un prix fluctue. L'investisseur ne réalise une perte concrète que si le titre est vendu (à la valeur marginale sur le marché boursier).

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