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Convalescent, le tourisme suisse résiste

Peter Keller est convaincu que le tourisme redresse la tête. hotel+tourismus revue

Handicapé par la force du franc et le niveau élevé des salaires, le tourisme suisse résiste à la concurrence internationale en s’appuyant sur le haut de gamme.

Ce contenu a été publié le 11 août 2003 - 08:40

Président du Comité du tourisme de l’OCDE, le Suisse Peter Keller fait le point sur la situation internationale.

Instabilité politique, conflits, attentats et tassement de la conjoncture économique ont mis l’industrie touristique en difficulté. Depuis la fin de l’année 2001, la demande s’est fortement contractée malgré la multiplication des offres alléchantes.

La Suisse n’a pas fait exception à la règle, comme en attestent les récents chiffres publiés par l’Office fédéral de la statistique publiés début juillet. En 2002, les touristes étrangers ont dépensé 445 millions de francs de moins qu’en 2001, soit 12,7 milliards de francs.

Les dépenses touristiques des Suisses à l’étranger sont, elles aussi, en baisse de 251 millions de francs, à 10,3 milliards de francs. Alors que les signes d’une reprise économique restent faibles, un frémissement de la demande a été constaté en ce début d’été.

Peter Keller, chef du service du tourisme au Secrétariat d’Etat à l’économie (seco) et président du Comité du tourisme de l’Organisation de coopération et de développement économiques(OCDE), fait le point de la situation.

swissinfo: Après les attentats du 11 septembre, la guerre en Irak, l’épidémie de pneumonie atypique (SRAS) et l’affaiblissement de la conjoncture mondiale, comment se porte l’industrie du tourisme?

Peter Keller: Le tourisme mondial a bien évidemment subi de plein fouet la succession de ces phénomènes exogènes qui ont entraîné une diminution importante de la demande.

Mais, comme c’est le cas à chaque fois après de telles crises, la demande remonte de façon importante. Et, aujourd’hui, le secteur est en train de sortir de ces difficultés, doucement certes, mais cela préfigure une reprise prochaine.

swissinfo: Cette situation critique sur le plan international a-t-elle provoqué une modification du comportement de la clientèle?

P. K.: On constate depuis plusieurs mois un développement plus marqué du tourisme domestique et interrégional. Un phénomène qui atténue quelque peu les répercussions de la baisse importante du nombre de voyageurs au plan intercontinental.

swissinfo: Quelle est la situation en Suisse, où les résultats de l’industrie du tourisme sont en baisse depuis 2002?

P. K.: En Suisse, les conditions-cadres pour cette industrie ne sont pas idéales. Il y a tout d’abord la force du franc, qui ferme les portes de notre pays à une partie de la clientèle potentielle.

D’autant plus que, le niveau général des prix, comme celui des salaires, reste plus élevé en Suisse que chez la plupart de nos voisins. Cela met à mal la compétitivité du pays.

swissinfo: La situation dramatique que vivent certains hôteliers suisses ne découle-t-elle pas de la facilité avec laquelle ils ont obtenu des crédits bancaires par le passé?

P. K.: Certes, les conditions étaient très favorables il y a quelques années. Mais attention, le marché est devenu très dur en Suisse et ses mécanismes jouent aujourd’hui à plein.

Chaque semaine, il y a des hôtels qui ferment. Et leur nombre a baissé de presque 1000 unités en dix ans. Il est donc tout à fait normal que les hôtels vétustes disparaissent lorsqu’ils ne sont pas rentables.

Cependant, certains établissements, qui disposent de peu de capital propre et qui sont endettés, conservent des chances de succès. Ce sont eux qui ont besoin du soutien de l’Etat.

swissinfo: L’Etat peut-il prendre des mesures qui soulageraient la branche en cette période difficile?

P. K.: Il ne peut pas faire de management de crise en édictant des mesures d’urgences. Il peut en revanche agir sur les structures à long terme.

Cette année, le Parlement a décidé d’améliorer la structure et la qualité de l’offre touristique suisse. Des fonds ont été débloqués pour aider au financement subsidiaire de l’hôtellerie, compte tenu des besoins de rénovation importants.

Il également adopté un programme d’innovation et de coopération qui permet d’adapter nos structures aux exigences du marché mondial. Enfin, nous avons lancé une initiative de qualification pour le personnel.

Ces facteurs d’innovation, d’investissement et de qualification servent à améliorer les structures. Mais nous aimerions créer un système, doté d’instruments de gestion des risques, qui permette de vivre malgré les fluctuations de la demande engendrées par les crises ou les ralentissements de la conjoncture.

swissinfo: L’hôtellerie suisse ne souffre-t-elle pas de son extrême concentration sur le haut de gamme au détriment des gammes inférieures?

P. K.: Non, c’est une bonne chose. La Suisse est très forte dans le haut de gamme et il le faut. Comme les prix sont élevés dans ce pays, on est tout à fait bien positionné. Nous devons briller par notre qualité, par nos prestations et donc par le luxe.

Le positionnement sur le moyen de gamme n’est pas suffisamment rentable mais ce qui vaut la peine, c’est le bon marché. Principalement, les auberges de jeunesse ou les hôtels «bagpackers», où les chiffres les plus récents montrent une croissance.

De manière générale, l’hôtellerie suisse tient bien la comparaison internationale, même s’il y a des difficultés.

swissinfo: Continuellement critiquée, la qualité du service s’est-elle améliorée en Suisse ces dernières années?

P. K.: Je ne crois pas que l’on puisse dire de manière générale que l’accueil n’est pas bon dans l’hôtellerie suisse. C’est avant tout une question de management et cela ne peut se vérifier qu’au cas par cas, en fonction des hôteliers.

En tous cas, les enquêtes de Suisse Tourisme démontrent que les clients sont contents de l’accueil. Je ne sais pas pourquoi cet argument revient tout le temps, c’est un phénomène qui, je le répète, n’est pas confirmé par les sondages que nous avons effectués.

On ne peut pas faire des généralisations sur la qualité de l’accueil en Suisse. Mais il est vrai que nous avons pris beaucoup d’initiatives dans le domaine de la qualité et de l’accueil. Ces sont des éléments qu’il faut toujours perfectionner.

swissinfo: Quelles sont les prérogatives du Comité du tourisme de l’OCDE?

P. K.: Il a aidé à libéraliser le tourisme après la deuxième guerre mondiale, c’est-à-dire lever les entraves aux échanges au niveau de la monnaie, des formalités douanières et policières entre les différents pays membres. Ce mouvement se poursuit aujourd’hui au sein de l’OMC.

C’est avant tout un forum où les différentes politiques nationales du tourisme sont examinées, comparées et critiquées. Cela donne un reflet international aux tâches effectuées par chaque administration nationale des pays membres de l’OCDE.

Ce comité suit également l’évolution de la branche. Nous proposons des mesures pour adapter le monde du tourisme aux nouvelles exigences.

En septembre, la Suisse organise par exemple une conférence sur l’innovation en matière de tourisme: pourquoi faut-il innover, quand faut-il innover et dans quels secteurs, comment le politique peut-il influer sur ces processus, etc.

swissinfo: Malgré les difficultés actuelles, quels sont les pays qui marchent le mieux?

P. K.: Les pays qui ont des structures saines, sans surcapacités et avec une base de capital saine résistent mieux. Mais comme je l’ai déjà dit, après chaque crise, la reprise se produit.

On voit par exemple que, cet été, les réservations de voyage ont repris… espérons que le retour à une bonne conjoncture ne tardera pas. Mais je ne peux pas dire qu’il y a des pays qui font mieux ou moins bien.

swissinfo, interview, Jean-Didier Revoin

En bref

- En 2002, les touristes étrangers ont dépensé 12,7 milliards de francs en Suisse. Les recettes ont donc baissé de 3,5% par rapport à l’année 2001.

- Les dépenses des Suisses à l’étranger ont également diminué de 2,4%, à 10,3 milliards de francs.

- La balance touristique conserve un solde positif de 1,9 milliard de francs mais recule de 9,2% par rapport à 2001.

- Constituant près de 70% des revenus touristiques, les séjours avec nuitées restent la principale source de revenus du tourisme.

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