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Contradiction américaine, fascination européenne

La campagne électorale américaine envahit les médias suisses. Keystone

Les américains ont voté. Mais cela fait des semaines que les Suisses et leurs médias vivent à l'heure des élections américaines.

Ce contenu a été publié le 02 novembre 2004 - 18:20

Pour évoquer cette omniprésence médiatique, la fascination qui la sous-tend, Pierre-Marcel Favre, co-éditeur de la revue L’Empire, répond aux questions de swissinfo.

Depuis des semaines, en Suisse comme ailleurs en Europe, radios, télévisions, journaux abreuvent leur public de nouvelles électorales «made in USA». A la fois passionné et agacé, chacun d’entre nous dévore quotidiennement cette Amérique qui le fascine et l’irrite.

Allant plus loin encore, voilà que paraît L’Empire, une revue trimestrielle publiée entre Paris et Lausanne, et exclusivement consacrée aux Etats-Unis. C’est l’éditeur Pierre-Marcel Favre qui s’occupe du pan helvétique de ce magazine pour le moins critique.

swissinfo: Depuis des semaines, l’Europe vit à l’heure des élections américaines. Etes-vous étonné par cette incroyable couverture médiatique?

Pierre-Marcel Favre: Nullement. Elle s’explique fort bien par l’actualité. L’affaire irakienne, qui a pris une dimension tout à fait extraordinaire, change la donne. Elle permet de mieux comprendre la force des interventions américaines qui, souvent, avaient lieu en coulisse et qui, en l’occurrence, sont transparentes.

swissinfo: Au-delà de l’intérêt politique, n’y a-t-il pas simplement une fascination profondément ancrée dans la «vieille Europe»?

P.-M. F.: Bien entendu. La culture américaine, avec ou sans guillemets, nous influence de mille manières. Le formidable cinéma américain bien sûr, les moins formidables séries télévisées, ou la littérature, qui est plutôt épatante. Mais aussi ce qui est moins heureux, comme l’alimentation par exemple.

Et puis il y a le dollar… Le dollar est roi dans le monde! Le dollar influence notre quotidien. Par exemple, le cours du baril de pétrole est fixé sur la base du dollar. Donc son cours va immédiatement se transformer en points positifs ou négatifs pour notre portefeuille.

swissinfo: L’expression «rêve américain» a connu une belle carrière. Mais son sens a évolué, il n’est pas le même aujourd’hui qu’il y a vingt ou cinquante ans.

P.-M. F.: Pour les Européens, sans aucun doute. Le rêve américain s’est évanoui, si ce n’est complètement, en tout cas en grande partie. Par contre, pour les pays sud-américains ou pour d’autres pays où les difficultés de la vie sont importantes, il y a toujours un rêve américain, puisqu’il y a une possibilité, en tout cas théorique, d’assimilation rapide et donc de chance de gagner correctement sa vie.

C’est un aspect essentiellement économique qui justifiait ce rêve américain. Il faudrait d’ailleurs parler de rêve «des Etats-Unis» et non pas «américain». Car le Canada, le Mexique, l’Amérique centrale, l’Amérique du Sud ne sont pas en cause. Or toutes ces régions sont aussi américaines.

swissinfo: L’Empire, n’est-ce pas la concrétisation ultime du rapport «amour-haine» qui caractérise nos relations avec les USA?

P.-M.: Il y a des magazines sur tout et n’importe quoi. Sur la pêche à la ligne, sur l’Egypte ancienne, sur le vol libre… Par contre, le thème monumental qui façonne nos existences sur tous les plans, les Etats-Unis, ce sujet n’avait pas de magazine qui lui soit entièrement consacré. C’était donc une lacune.

L’Empire, c’est une goutte d’eau dans un océan de louanges. Il faut rappeler que CNN, c’est américain… Qu’il y a eu des centaines de milliers de films, de reportages, de livres, d’articles qui ont présenté, depuis longtemps, une vision idyllique des Etats-Unis.

Qu’il y ait enfin un magazine qui choisisse la critique, la distance, qui se permette de gratter cette image angélique est quelque chose de sain et de normal. On peut ainsi observer que ce fameux impérialisme américain est bien réel. Démonter son mécanisme, mieux l’expliquer, mieux le suivre.

swissinfo: Pour conclure, Pierre-Marcel Favre, en quelques mots, l’Amérique que vous aimez et celle que vous détestez…

P.-M. F.: C’est très réducteur, mais je vais essayer de l’esquisser. Il y a généralement une population qui est peut-être peu documentée, peu lettrée, mais qui est chaleureuse, accueillante et agréable. Il y a évidemment les paysages, la littérature, et puis cette réelle possibilité d’entreprendre.

Les aspects négatifs, c’est, aujourd’hui plus que jamais, le rejet de tout le reste du monde. Un désintérêt qui se traduit par le fait que la majorité des Américains n’ont pas de passeport et n’ont jamais mis un pied hors de leurs frontières.

C’est aussi une contradiction invraisemblable. J’étais tout récemment aux Etats-Unis avec mon fils de 17 ans. On s’est fait jeter d’un restaurant parce qu’il avait commandé une bière. Dans le même pays, on peut acheter des armes en vente libre. Et le même jeune homme, s’il était américain, pourrait aller se faire tuer en Irak.

Interdire la bière jusqu’à 21 ans et permettre aux gens de tuer ou de se faire tuer, je crois qu’il y a là une contradiction à souligner.

Interview swissinfo, Bernard Léchot

Faits

La revue L’Empire, trimestrielle, est coéditée à Paris et à Lausanne.
L’éditeur Pierre-Marcel Favre, patron du Salon du Livre et de la Presse de Genève, s’occupe du pan helvétique.
La rédaction est dirigée par Pierre Vaudan.
Le 1er numéro, paru en octobre, a été tiré à 8000 exemplaire pour la Suisse et à 40’000 pour la France.

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En bref

- Le 1er numéro de L’Empire fait appel à des signatures prestigieuses: Richard Labévière, Marie-Hélène Miauton, Marian Stepczynski, Jean Ziegler, Jacques Neirynck, Laurent Flutsch, notamment.

- La date de parution du numéro 2 n’est pas encore fixée. D’après l’éditeur, les annonceurs ne sont pas nombreux à soutenir un magazine aussi critique à l’égard des USA.

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