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Ces étrangers qui n'en sont plus tout à fait

Saisonniers italiens à la gare de Zurich en 1964. Keystone Archive

Parfaitement intégrés, les fils des premiers immigrés italiens et espagnols hésitent encore à demander la nationalité helvétique.

Ce contenu a été publié le 09 juin 2003

Mais ceux qui le font réussissent généralement mieux que les Helvètes pure souche.

Déracinés, tiraillés entre deux cultures sans adhérer pleinement à aucune, peu qualifiés et mal intégrés à leur milieu socio-professionnel: les clichés sur les «secondos» ne manquent pas.

Des clichés qui viennent d'en prendre un coup, avec la publication d'une étude réalisée entre Genève et Bâle, dans le cadre du programme «Migrations et relations interculturelles» du Fonds national suisse.

Pour la première fois, les auteurs se sont intéressés également aux fils d'immigrés qui ont demandé et obtenu la nationalité suisse. Ces nouveaux citoyens constituent en effet près de la moitié (43%) de l'ensemble des secondos.

Sur la base d'un échantillon de 400 jeunes adultes (de 18 à 35 ans), fils et filles des Espagnols et des Italiens arrivés en Suisse dans les années soixante, cette étude dresse le portrait étonnant d'une génération mal connue.

Tirer la moyenne vers le haut

Alors que leurs pères étaient maçons ou ouvriers agricoles, les secondos ont fréquenté l'université et occupent le plus souvent des postes qualifiés. Professionnellement, ils s'en sortent même mieux que les jeunes Suisses issus des mêmes milieux.

C'est clairement la prise en compte des naturalisés qui contribue à tirer la moyenne vers le haut. «Du point de vue de la réussite socio-professionnelle dans la société suisse, c'est un fait que les naturalisés ont une longueur d'avance», résume Marie Vial, l'une des auteurs de l'étude.

Avec ses collègues Claudio Bolzman et Rosita Fibbi, la chercheuse genevoise s'est d'abord intéressée aux parents de ces nouveaux citoyens helvétiques. «Eux aussi s'en sortaient déjà mieux que les autres», note Marie Vial.

Les naturalisés sont-ils mieux intégrés en raison de leur passeport suisse, ou est-ce leur meilleure intégration qui les a poussés à se faire naturaliser? Pour Marie Vial, le rapport de cause à effet joue dans les deux sens.

Passeport trop cher

Quant à ceux qui ont gardé la nationalité de leurs parents, ils invoquent la lourdeur des démarches, leur prix, l'obligation de servir sous les drapeaux et la crainte de perdre leur passeport européen.

Rien de nouveau donc de ce côté. Le droit de la naturalisation est en cours de révision et la Suisse doit assouplir des règles qui restent aujourd'hui parmi les plus restrictives au monde.

Les auteurs de l'étude se défendent toutefois d'avoir voulu influencer le débat politique en cours, dont le prochain acte se joue dans dix jours au Parlement.

«Le livre paraît aujourd'hui, mais notre éditeur aurait déjà pu le sortir en septembre dernier», explique Marie Vial.

Les racines malgré tout

Finalement, les secondos seraient-ils plus Suisses que les Suisses? Pas tout à fait. Par exemple, les portes des administrations publiques leur restent le plus souvent fermées, malgré leurs indéniables compétences.

En outre, leurs traditions familiales restent empreintes d'un zeste de culture méditerranéenne. On quitte le foyer parental plus tard, on vit moins volontiers en concubinage et Madame retourne rapidement travailler après la naissance de son premier enfant, grâce à des grands-parents prêts à garder le petit.

Des grands-parents dont les secondos ne renient pas la culture. Même s'ils considèrent le français ou le schwytzerdütsch comme leur langue maternelle, ils sont encore 40% à parler italien ou espagnol avec leurs enfants.

swissinfo, Marc-André Miserez

Faits

«Secondas - Secondos, Le processus d'intégration des jeunes adultes issus de la migration espagnole et italienne en Suisse», Claudio Bolzman, Rosita Fibbi et Marie Vial, Seismo, Zurich 2003, 240 pages.

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En bref

- A la fin 2001, la Suisse comptait 1,5 million d'étrangers.

- Parmi les plus de 15 ans, 330 000 sont nés en Suisse.

- Les (ex-)étrangers de la seconde génération sont 43% à avoir la nationalité suisse.

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