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Bernard Bertossa, un pionnier hors norme

Bernard Bertossa s'est notamment rendu fameux par sa lutte contre le crime organisé. Keystone Archive

Le nom du successeur de Bernard Bertossa sortira des urnes dimanche. En 12 ans, ce magistrat a profondément transformé la justice genevoise.

Ce contenu a été publié le 19 avril 2002 minutes

Commençons par une anecdote: invité dans un colloque à Paris consacré au blanchiment d'argent, Bernard Bertossa doit regagner la gare de Lyon pour attraper un TGV pour la Suisse. Ses hôtes lui proposent d'appeler un taxi.

Le procureur général de Genève regarde sa montre: «non merci, j'ai le temps d'y arriver en prenant le métro», dit-il en quittant la salle de réunion à pied.

Devenu l'un des Suisses les plus connus à l'étranger, Bernard Bertossa continue de se déplacer à pied, sans garde du corps. Pourtant, l'homme est pratiquement une légende.

Un héritage fortement revendiqué

La presse salue le «visionnaire», et les deux candidats à sa succession, Jean-Bernard Schmid, de l'Alliance de gauche, et Daniel Zappelli, de l'Entente de droite, revendiquent son héritage.

Un exemple? Après les attentats du 11 septembre 2001, les journalistes du monde entier ont fait le siège du palais de justice de Genève, boudant le procureur de la Confédération.

Que le terrorisme soit du ressort de Berne, et non pas des cantons, n'avait aucune importance pour eux: seul Bernard Bertossa leur semblait capable de disserter sur l'argent des islamistes.

Sévère pour l'alcool au volant

Cette «aura» est pourtant assez récente. En 1996, lors du fameux Appel de Genève, lancé par des magistrats suisse, français, italien, espagnol, et belge, réunis dans la Cité de Calvin pour réclamer une véritable coopération judiciaire internationale, les médias de Suisse n'avaient accordé qu'une place limitée à l'événement.

Aujourd'hui encore, ce militant socialiste de 60 ans est loin de faire l'unanimité à Genève. Ses adversaires ne se recrutent pas uniquement chez les banquiers privés et les avocats d'affaires.

La grande criminalité n'a pas été le seul cheval de bataille de Bernard Bertossa. Certains lui reprochent aussi sa sévérité vis-à-vis des squatters, et des conducteurs en état d'ébriété.

«J'attends toujours de ceux qui prétendent que la criminalité locale est délaissée qu'ils me donnent des exemples», a l'habitude de répondre ce grand amateur de football, supporteur du club professionnel de Genève.

Confiance restaurée dans la justice

En 1990, cet ancien président de la 7è Chambre civile du Tribunal de première instance, inconnu du grand public, n'est élu qu'avec 53% des suffrages, contre le candidat démocrate-chrétien Jean Maye.

Le taux de participation ne dépassait pas 13%. Malgré tout, pour «l'honneur de Genève», une trentaine de personnalités de droite s'étaient mobilisées pour ce candidat socialiste.

En deux mandats, Bernard Bertossa a incontestablement rendu la confiance que les Genevois ne mettaient plus dans leur justice. La place financière suisse lui doit également beaucoup. Elle a sans doute perdu quelques clients, mais gagné en crédibilité. La mafia russe ne se bouscule plus sur les bords du Leman.

Malgré tout, l'héritage de Bernard Bertossa ne s'arrête pas à la lutte contre le crime organisé. Cet ancien président de la Commission de recours en matière de constructions, de 1982 à 1990, s'est aussi attelé à rendre la justice plus efficace.

Ce n'est plus au Parquet genevois de perdre son temps avec les passagers qui montent dans le bus sans ticket. Le règlement des petits délits est aujourd'hui administratif.

Délit financier, punition financière

Par ailleurs, Bernard Bertossa n'a jamais été partisan de lourdes peines de prison. Pourquoi organiser de grands procès spectaculaires contre des escrocs: la première sanction ne consiste-t-elle pas à les obliger à indemniser leurs victimes? «Dans un délit financier, la punition est financière», résume le procureur général.

Depuis 1990, la Cour d'assises n'est plus autant sollicitée. L'accusé est dorénavant renvoyé en correctionnelle lorsque la sanction maximum ne dépasse pas cinq années.

swissinfo/Ian Hamel

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