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Barack Obama en amateur de cuisses de

Tuer une grenouille pour manger ses cuisses est aussi absurde qu’abattre un éléphant pour son ivoire. C’est la position de la Société vaudoise pour la protection des animaux, qui part en campagne. Explications.

Ce contenu a été publié le 02 décembre 2009 - 16:16

Chaque année, les Suisses avalent 120 tonnes de cuisses de grenouilles, dont 90% sont importées d’Indonésie.

Après la fourrure et la foie gras, la Société vaudoise pour la protection des animaux a lancé le mois dernier une campagne dans le plus grand des cantons francophones du pays, histoire de convaincre ses habitants de boycotter la délicate gourmandise batracienne.

Ses militants jugent inacceptable le commerce de grenouilles. Manger les cuisse de grenouilles est cruel, nuisible sur le plan écologique, et encourage un gaspillage «choquant».

«Une grenouille pèse 125 grammes. Vous lui enlevez les cuisses, qui représentent 20% du poids total, et jetez le reste», précise le président de la Société vaudoise pour la protection des animaux (SVAP).

Dans le cas du bœuf (50%) et du porc (40%) aussi le gaspillage est grand, mais pas à ce point, complète Samuel Debrot.

Qui plus est, la SVPA qualifie le commerce global de grenouilles d’absurdité écologique et sociale.

En Indonésie, premier exportateur mondial (5'000 tonnes), les grenouilles sont capturées et vendues par les agriculteurs qui en tirent un revenu d’appoint.

«Mais moins de grenouilles, c’est davantage de moustiques et d’autres insectes», explique Samuel Debrot. Résultat, les agriculteurs indonésiens sont contraints d’acheter de pernicieux insecticides en grande quantité pour protéger leurs récoltes. Raison qui a poussé l’Inde à interdire l’exportations de grenouilles.

Point de bascule

Les cuisses de grenouilles fleurissent aux quatre coins du monde, des cafétérias scolaires aux restaurants huppés en Europe, jusqu’aux bancs des marchés et la table familiale en Asie et en Amérique du Sud.

Selon les experts, un milliards de grenouilles environ sont prélevées de leur milieu naturel pour finir dans l’assiette des humains chaque année. La France et les Etats-Unis sont les deux principaux importateurs.

Quelque cinq millions en font les frais en Suisse, essentiellement dans la région francophone du pays. Elles sont importées d’Indonésie et de Turquie congelées.

La loi suisse par contre protège les grenouilles et interdit de les tuer, de les capturer et de les élever.

A l’échelle mondiale, un tiers des amphibiens sont officiellement en danger, conséquence de la destruction des habitats, du changement climatique, de la pollution et des maladies. Leur commerce qui croit pourrait conduire à l’extinction une partie de ces espèces.

Certains scientifiques vont jusqu’à craindre que le commerce de grenouille reproduise la situation des grandes pêcheries. «Le fait est que le processus n’est pas graduel, selon Corey Bradshaw, professeur associé à l’institut de l’environnement à l’Université d’Adelaïde, cité par le Guardian.

«Il y a un point de bascule. C’est exactement ce qui s’est passé avec la surexploitation de la morue dans l’Atlantique Nord. Avec les grenouilles, on ne dispose d’aucune donnée, aucun traçage, ni gestion du stock. Nous aurions dû apprendre de l’expérience de la pêche, mais il semble que ce n’est pas le cas.»

Fermer la boutique

Sylejman Gjocaj, propriétaire du restaurant du Cheval-Blanc à Payerne spécialisé dans la cuisse de grenouille, est préoccupé par la campagne anti-cuisses, qui s’ajoute à la récente interdiction de la cigarette dans les établissements publics.

«Si j’arrête de cuisiner les cuisses de grenouilles, je peux fermer boutique», assure-t-il. Huit clients sur dix viennent chez lui pour ses fameuses cuisses de grenouilles au beure, persil, échalotes, accompagnées de frites. Un menu qu’il propose depuis quinze ans.

Ceci dit, Sylejman Gjocaj dit comprendre l’argument du gaspillage et considère l’élevage de grenouilles comme une piste.

Les arguments de la SVPA portent sur un autre point encore. De l’étang à l’assiette, les grenouilles endurent des «souffrances injustifiables».

Chassées de nuit à la lampe par des agriculteurs armés de filets et de crochets, elles sont capturées et mises dans des sacs par 300, avant d’être transportées sur de longues distances sur lesquelles beaucoup meurent. Les grenouilles vivantes sont par la suite découpées et éviscérées. Dans la plupart des cas, elles agonisent durant de longues minutes, selon la SVPA.

Un impact incertain

«Mais la chose n’est pas aussi cruelle que couper l’aileron des requins avant de les remettre à la mer», a comparé dans le quotidien 24 heures le propriétaire du restaurant du Tramway à Lausanne.

Les cuisses de grenouilles de Pierre Meylan sont importées de Turquie par Les Escargots du Mont-d’Or à Vallorbe. La Turquie, qui protège les grenouilles durant les trois mois de la saison de l’accouplement, ce qui rend les choses plus écologiques, juge Bernard Fivaz, directeur de l’importateur.

En Turquie, les grenouilles sont du reste endormies par le gel avant d’être tuées, ajoute ce dernier.

A ce stade, l’impacte de la campagne de la SVPA est incertain. Selon un mini-sondage du journal gratuit 20 minutes, 56% des personnes interrogées n’estiment pas cruel de tuer les grenouilles pour les manger.

De l’autre côté de la frontière suisse, en France, les activistes des droits des animaux ont déjà tenté par le passé de convaincre leurs compatriotes de boycotter la délicatesse française la plus stéréotypique. Mais ils ont fait choux blanc ou presque.

Simon Bradley, swissinfo.ch
(Traduction de l’anglais: Pierre-François Besson)

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