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Aucun espoir de revoir une ère glaciaire à court terme

Procession contre l’avancée des glaciers dans les Alpes. wikicommons

Un climatologue bernois et un historien ont écrit un ouvrage sur l’évolution du climat au cours des mille dernières années. Leur message: la situation climatique actuelle est sans précédent.

Ce contenu a été publié le 11 novembre 2021 - 13:56

Il n’y a pas de fleurs sur le «Blüemlisalp» («alpage fleuri»), seulement des rochers et le froid, le massif montagneux des Alpes bernoises étant entouré de glace. Mais, selon la légende, le «Blüemlisalp» était autrefois si luxuriant que les vaches qui y paissaient devaient être traites trois fois par jour. Le riche laitier alpin baignait sa bien-aimée dans le lait et pavait les chemins de meules de fromage. Un juste châtiment s’ensuivit: la glace et la roche s’effondrèrent sur l’alpage et le glacier fit les amants prisonniers.

L’histoire du «Blüemlisalp» n’est pas seulement une parabole sur l’expulsion des humains orgueilleux du paradis, mais aussi un témoignage sur les changements climatiques à la fin du Moyen Âge. Lorsque, après une agréable période chaude, le petit âge glaciaire s’est abattu sur l’Europe, les glaciers ont commencé à croître à nouveau. Les gens ont essayé de les calmer au moyen de prières et de processions ainsi que de les repousser avec des croix. Aujourd’hui, les gens prient pour que les glaciers ne fondent pas complètement.

Ötzi, un signal d’alerte

Les climatosceptiques adorent ces vieilles histoires. Les périodes chaudes du début du Moyen Âge ont cédé la place au petit âge glaciaire de la fin du Moyen Âge. On peut en conclure que l’histoire du climat, comme la mode vestimentaire, tourne en rond: les mêmes tendances ne cessent de revenir. Après le froid, à nouveau le chaud; pas besoin de s’inquiéter: c’est le cours de l’histoire. Aussi, les scientifiques sont accusés de susciter la panique.

L’historien Christian Pfister et le climatologue Heinz Wanner s’opposent clairement aux écrans de fumée. La première phrase de leur livre consacré à l’histoire du climat est la suivante: «Le contexte historique est incomparable.» En effet, même si du vin (à moitié) buvable était encore produit en Angleterre au 14e siècle et que des oliviers poussaient à Cologne, le changement climatique que le monde connaît depuis le milieu du 20e siècle est sans précédent dans l’histoire.

En témoigne le célèbre cadavre alpin, Ötzi. Ce dernier a été découvert en 1991, dans le val de Senales en Italie. Enseveli sous une couche de glace, il a été retrouvé en raison d’une fonte importante du glacier du Hauslabjoch. Cela montre «que la taille des glaciers alpins était tombée en dessous des minima des 5000 années précédentes». Pour celles et ceux qui ont besoin d’un exemple moins morbide, en voici un autre: un an auparavant, de la neige artificielle commençait à tomber sur les pistes des Alpes suisses pour maintenir la pratique du ski, alors que l’or blanc manquait cruellement.

Contenu externe

Le limon marin comme témoin du climat

Les climatologues qui observent l’évolution du climat dans l’histoire ainsi que les historiennes et historiens du climat puisent leurs informations dans les archives de la nature – écorces d’arbres, dépôts dans les limons marins, carottes de glace, stalagmites –, mais aussi dans les listes des prix du seigle, vieilles de plusieurs siècles.

L’histoire du changement climatique peut être racontée de plusieurs façons. En voici une. Jusqu’au milieu du 19e siècle, l’influence humaine sur le climat est demeurée minime. Les bouleversements étaient le résultat d’éruptions volcaniques et, surtout, des variations de l’activité solaire. Puis, avec l’industrialisation, est apparu le changement climatique d’origine anthropique. Le phénomène s’est véritablement accéléré avec la culture de la consommation et de la mobilité qui prévaut encore aujourd’hui et qui a été rendue possible dans les années 1950 par une surabondance de pétrole à bas prix.

Le livre prend soin de ne traiter que de l’histoire du climat en Europe, car il n’y a pas d’histoire mondiale du climat avant le 20e siècle. Ce n’est que depuis quelques décennies que les mêmes changementsLien externe sont apparus au niveau mondial.

Une vulnérabilité nouvelle

Christian Pfister et Heinz Wanner montrent aussi comment les conditions climatiques ont sensiblement augmenté la vulnérabilité aux bouleversements tels que les insurrections, les guerres et les chasses aux sorcières.

Ce feuillet zurichois datant de 1570 montre des sorcières vénérant le diable. En haut à gauche, vous pouvez apercevoir une sorcière qui déclenche une tempête au moyen d’une potion satanique. wikicommons

L’historien et le climatologue mettent en commun leurs compétences. Ils sont conscients que la chasse aux sorcières, par exemple, est attribuable à d’autres causes que le climat. Mais l’influence de ce dernier n’en est pas moins déterminante: au milieu du 15e siècle, l’activité solaire chute, il fait plus froid, avec pour conséquence une série d’étés pluvieux et infertiles – comparables à celui de cette année. Une explication populaire: la sorcellerie. Le pic de la chasse aux sorcières coïncide avec une détérioration rapide du climat.

Aujourd’hui, avec la nouvelle période chaude et les fluctuations extrêmes qui l’accompagnent, nous entrons à nouveau dans une nouvelle ère de vulnérabilité, affirment les auteurs. Le livre Klima und Gesellschaft in Europa se veut un ouvrage historique orienté vers l’avenir: l’objectif des auteurs est de montrer comment les changements climatiques ont affecté la société dans le passé et comment nous pouvons nous préparer aujourd’hui à des phénomènes similaires.

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