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Après l'étiquette écolo, le label social

Les travailleurs agricoles doivent être payés et traités correctement. Keystone Archive

Les syndicats, les consommateurs et certains producteurs rêvent d'un label social pour les produits agricoles. Le combat est loin d'être gagné.

Ce contenu a été publié le 06 mars 2002 - 17:04

L'idée est ressortie à l'occasion du récent conflit sur le site fribourgeois de Micarna, la boucherie industrielle de Migros. Depuis des années, les syndicats et les organisations de consommateurs parlent d'un label social pour les produits agricoles.

Le but serait de garantir à la ménagère qu'elle peut remplir son panier de salades, de tomates et de côtelettes produites, emballées et vendues par des gens payés et traités correctement. Et ceci ne concerne pas seulement les pays du Sud, mais également l'Europe, et même la Suisse.

L'initiative bénéficie désormais du soutien de certains agriculteurs, regroupés au sein d'Uniterre, nouveau nom de l'Union des producteurs suisses. Cette association incarne la tendance anti-mondialisation de la paysannerie helvétique et son secrétaire n'est autre que le très médiatique conseiller national écologiste Fernand Cuche.

Chacun pour soi

«Les producteurs qui nous ont rejoint sont pratiquement des dissidents», explique Philippe Sauvin, responsable du secteur agricole à la section vaudoise du syndicat SIB. Du côté de la puissante Union suisse des paysans (USP) en effet, on ne discute pas volontiers salaires et conditions de travail.

«Il y a une certaine volonté d'amélioration, mais elle avance au rythme de l'escargot, constate Philippe Sauvin. L'USP a fait des recommandations pour un salaire minimum de 2850 francs brut, qui devrait passer à 3000 l'année prochaine, mais c'est tout. Lorsqu'on leur parle de Convention collective de travail, ils bottent en touche en nous disant qu'ils ne sont pas représentatifs».

«La législation suisse est plutôt succincte en ce qui concerne les travailleurs agricoles», poursuit le syndicaliste. C'est, en effet, le moins que l'on puisse dire. Les ouvriers de ferme ne sont pas soumis à la loi fédérale sur le travail et leurs contrats-types sont du ressort des cantons.

Résultat: leur semaine de labeur peut varier de 49 heures s'ils sont employés dans la campagne genevoise à 66 heures s'ils travaillent la terre d'Obwald. Et les salaires minimaux sont partout inférieurs à 3000 francs (brut), sauf à Genève et à Zurich.

Les salaires et les prix

Dans ces conditions, on comprend mieux l'exigence du label social. Mais la paysannerie suisse, que l'on dit si souvent au bord de l'asphyxie, a-t-elle simplement les moyens de mieux payer ses employés ?

Pour Pierre-André Tombez, président d'Uniterre, la question ne doit pas être posée en ces termes. «Nous demandons que les prix des produits agricoles soient suffisamment hauts pour que l'on puisse payer normalement l'ouvrier et le paysan. Uniterre se bat en même temps pour les prix et pour les salaires et nous ne déconnecterons jamais ces deux revendications», martèle cet agriculteur de la Broye.

Un label de plus

Si label social il y a un jour, il deviendrait donc le signe distinctif de produits vendus plus cher que les autres? «Pas sûr. L'expérience des labels bio a prouvé le contraire», répond Johann Zublin, responsable du service qualité au siège de la Fédération des coopératives Migros.

Ce qui n'empêche pas le géant orange de se monter assez sceptique sur l'idée du label social. «Nous en avons déjà plusieurs, rappelle Johann Zublin. Et ils marchent plutôt bien. Il y a une clientèle qui regarde d'abord le prix et une autre qui recherche ce type de valeur ajoutée».

Et de citer les produits Max Havelaar (bananes, café et chocolat payés à leurs producteurs à un prix équitable), les textiles Clean Clothes et les différents labels bio, dont les conditions d'octroi comportent toujours une part éthique.

Même type de réaction chez Coop, où le porte-parole Karl Weisskopf estime que la question du salaire et des conditions de travail des ouvriers agricoles en Suisse devrait plutôt être réglée dans le cadre légal. Par exemple en soumettant les travailleurs des campagnes à la Loi fédérale. Mais ceci est un autre combat, à mener dans l'enceinte du Parlement.

swissinfo/Marc-André Miserez

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