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Apartheid: l’Afrique du Sud contre les plaintes

Ed Fagan était venu en Suisse annoncer ces plaintes l'an dernier. Keystone Archive

L’Afrique du Sud demande à la justice américaine de rejeter les plaintes de victimes de l’apartheid contre plusieurs multinationales, dont des suisses.

Ce contenu a été publié le 31 juillet 2003 - 10:23

Dans une lettre à un juge fédéral, Pretoria estime que les milliards de dollars exigés en réparation auraient un impact négatif sur l’économie du pays.

Dans sa missive au juge fédéral John E. Sprizzo, le ministre sud-africain de la justice Penuell Maduna rappelle l'opposition de principe et de raison de son gouvernement aux procédures déposées en nom collectif par les avocats Ed Fagan et Michael Hausfeld.

Ces procédures visent 120 géants de la banque, la finance et l'industrie mondiale, accusés d'avoir tiré profit de l'apartheid.

Plusieurs sociétés suisses sont dans le collimateur des deux avocats: Credit Suisse Group, UBS, Ems, Holcim, Novartis, Nestlé, Unaxis et Sulzer.

Contre sa philosophie



Aux yeux du ministre sud-africain de la justice, ces procédures judiciaires vont à l’encontre de la philosophie qui a inspiré le gouvernement démocratique post-apartheid depuis 1994.

Cette philosophie veut que le nouveau gouvernement évite une «justice des vainqueurs». Et qu’il privilégie une justice «basée sur l'aveu, le pardon, nourrie des principes de réconciliation, de reconstruction, de réparation et de bonne volonté».

Selon le même ministre, ces demandes de réparations, si elles aboutissent contre les multinationales, auront un impact négatif.

«Loin de promouvoir la croissance et l'emploi et de bénéficier aux désavantagés de jadis, elles dissuaderont les investissements étrangers directs. Elle porteront ainsi atteinte à la stabilité économique, et aboutiront exactement à l'inverse ce qu'elles entendent réaliser».

Pour son avenir



En visite en Suisse au début de l’été, le président s’était déjà déclaré fermement opposé à cette action légale.

«Nous ne pensons pas correct que ce qui concerne l’avenir de l’Afrique du Sud soit décidé par les tribunaux américains», avait indiqué Thabo Mbeki.

Ces procédures devant la justice américaine visent à faire payer des dédommagements en faveur de milliers de victimes de l'apartheid. L’objectif des deux avocats Fagan et Hausfeld est de trouver un accord similaire à celui déjà obtenu dans le cadre des fonds juifs.

Pour éviter les poursuites, des banques suisses et l'industrie allemande avaient accepté de verser des milliards de dollars aux plaignants descendants ou ayant-droits des victimes du nazisme et de l'Holocauste.

swissinfo et les agences

Faits

L’Afrique du Sud demande à la justice américaine de rejeter les plaintes contre des dizaines de multinationales, dont des suisses.
Le gouvernement sud-africain estime que le paiement des milliards de dollars irait à l’encontre des intérêts économiques sud-africains.
Les milliers de Sud-africains noirs regroupés pour ces plaintes accusent 120 entreprises d’avoir profité de l’apartheid.

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En bref

- Les plaintes ont été déposées sous l’égide d’une loi américaine de 1789, dite de l’Alien Tort Act. Elle donne aux tribunaux américains la compétence de statuer sur certains aspects du droit international.

- Ces procédures en nom collectif ont été déposées par les avocats américains Ed Fagan et Michael Hausfeld.

- Ed Fagan est connu en Suisse pour avoir forcé les banques suisses à trouver un accord avec les victimes de l’Holocauste et leurs héritiers.

- L’équipe d’Ed Fagan a jusqu’au 8 septembre pour répondre à la demande sud-africaine de retirer ses plaintes.

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