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A l'aide de jeunes chômeurs sud-africains

Phyllis Serumula, au chômage depuis six ans, a suivi un stage de développement personnel. swissinfo.ch

Depuis 2001, la Suisse et des entreprises helvétiques ont accordé 9 millions de francs suisses à des projets de formation de jeunes sud-africains défavorisés

Ce contenu a été publié le 08 avril 2006 - 09:52

Cette initiative vise à lutter contre le chômage massif des jeunes et le manque de personnel qualifié.

«L'Initiative de coopération suisse-sud africaine» (Swiss-South african cooperation initiative, Ssaci) est une formule originale de partenariat public et privé.

Le budget de l'opération est d' environ 9 millions de francs suisses. Il vient d'être renouvelé pour les quatre prochaines années.

Il est financé pour moitié par l'agence suisse pour le développement et la coopération (DDC). L'autre moitié est alimentée par une dizaine d'entreprises suisses implantées en Afrique du sud (Ciba, Credit suisse, Givaudan, Novartis, Sika, UBS, Xstrata, Hiltin, Bühler, Clariant, etc).

Chacun s'y retrouve

«Ce partenariat public-privé n'était pas évident au départ, car nos philosophies sont différentes», confie Richard Chevenard, directeur adjoint de la DDC à Pretoria.

«Mais, affirme-t-il, chacun s'y retrouve. Les entreprises, qui ont beaucoup de mal à trouver du personnel compétent en Afrique du Sud, ont intérêt à promouvoir la formation des jeunes. De notre côté, la lutte contre la pauvreté est une priorité de notre coopération».

Taux de succès important

Jusqu'à présent, la SSACI a financé la formation de 3448 jeunes défavorisés au travers de 41 projets. La majorité sont des jeunes Noirs, mais on trouve aussi, parmi les bénéficiaires, 5 % de Blancs.

«Il ne s'agit pas uniquement de formations professionnelles», précise Monwabisi Vika, le directeur sud-africain de l'entreprise «Klipstone transport» (créée en joint venture avec Holcim), qui siège au comité de direction de la Ssaci.

«Nous développons aussi leurs aptitudes personnelles et nous les aidons à trouver un emploi. Les programmes sud-africains de formation sont très intéressés par notre approche et, à l'avenir, nous allons coopérer avec eux, pour avoir encore plus d'impact».

Taux de succès remarquable

L'initiative affiche, en effet, un taux de succès remarquable: 80 % des jeunes formés ont trouvé un emploi ou se sont lancés dans une activité économique! Quelque 300 chômeurs ont, par exemple, été formés par la société I-Fundi, dirigée par un expatrié suisse, Stefan Lauber, pour travailler dans des «call-centers».

Phyllis Serumula, une jeune métis de 30 ans au chômage depuis six ans, a, elle, suivi un stage de développement personnel, qui l'a amenée à faire du bénévolat dans sa communauté. Grâce à cette activité, elle a été engagée comme chef de projet dans un programme gouvernemental de protection de l'environnement.

Themba Sithole, un coiffeur de rue, a bénéficié d'un cours de gestion. En deux ans, il a quintuplé son chiffre d'affaires: il a ouvert un salon et engagé cinq aides, à Mamelodi, un township de Pretoria.

«Investissements sociaux»

Grâce à l'Initiative, 840 nouveaux emplois ont ainsi été créés par ces micro-entreprises.

«L'aide internationale néglige souvent l'économie informelle, parce qu'elle ne crée pas beaucoup d'emplois. Mais notre expérience montre qu'elle représente souvent un passage obligé pour les jeunes qui n'ont pas fait d'étude», déplore Ken Duncan, le directeur de la Ssaci.

«A l'avenir, souligne-t-il, nous voulons les épauler en mettant en place de centres d'aide décentralisés. Il ne s'agit pas de donner de l'argent à ces micro-entrepreneurs, mais de leur transmettre des compétences: c'est beaucoup plus efficace!».

Des attentes irréalistes

Et Ken Duncan de se rappeler que sous l'apartheid, «les Noirs ont été déresponsabilisés, parce qu'ils n'avaient pas le droit de créer des entreprises. Aujourd'hui, les mentalités sont en train de changer mais les jeunes ont souvent des attentes irréalistes».

«Nous aimerions que l'Initiative réponde mieux aux besoins des entreprises suisses», commente Terry Hime, le directeur local de la société suisse Schindler (ascenseurs, escalators).

Il est lui-même très impliqué dans l'Initiative. «Notre groupe, qui emploie 500 personnes en Afrique du sud, est, dit-il, confronté à une pénurie énorme de techniciens».

Une forme de réparation

Les formations seront plus axées sur les secteurs porteurs de l'économie sud-africaine (services, tourisme, artisans, pharmacie). Il existe toutefois un débat au sein des sponsors privés de l'initiative.

«Je pense que notre aide devrait rester désintéressée. L'initiative a été lancée dans le contexte du débat sur les profits faits par les entreprises suisses sous l'apartheid: c'est une forme de réparation», estime Alexander Weissleder, le directeur local de la société de réassurance Swiss Re.

Les sociétés établies en Afrique du Sud sont d'ailleurs tenues de faire des «investissements sociaux», dans le cadre de la politique de black economic empowerment (promotion économique des noirs), mise en place depuis 2003 par le gouvernement sud-africain.

Quoiqu'il en soit, l'Initiative a été reconnue comme un projet «exceptionnel» dans le cadre d'un audit fait en 2004 par la coopération suisse.

swissinfo, Valérie Hirsch, Johannesburg

Faits

47% des Sud-Africains âgés de 18 à 35 ans sont au chômage. Seulement 27% des jeunes sud-africains ont terminé leurs études secondaires.

En 2004, il y avait 500.000 postes vacants en Afrique du sud, en raison de la pénurie de main d'œuvre qualifiée, tant au niveau intermédiaire (artisans, techniciens, infirmières) que supérieur (ingénieurs, scientifiques).

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En bref

- Le budget de la coopération suisse en Afrique australe atteint 9 millions de francs suisses par an. Les priorités sont la lutte contre le sida, la bonne gouvernance et la gestion des ressources naturelles.

- L'Afrique du sud est le partenaire économique le plus important de la Suisse en Afrique.

- La Suisse y exporte surtout des machines, des produits pharmaceutiques et chimiques. Depuis 1994, les exportations sud-africaines vers la Suisse ont triplé, entraînant un déficit commercial.

- La Suisse est le cinquième investisseur en Afrique du Sud: environ 250 entreprises suisses y emploient plus de 21.000 employés.

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