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«Pas étonnant que la guerre ait recommencé»

Traces de tirs du Hamas sur un abri à Aschkelon, en Israël. (Keystone) Keystone

Le Suisse Ernest Goldberger, chercheur en sciences sociales, vit en Israël. A ses yeux, la guerre dans la bande de Gaza n'a pas de sens et ne tient pas compte des conséquences fatales pour l'avenir.

Ce contenu a été publié le 10 janvier 2009 - 10:52

Malgré la résolution de l'ONU appelant à un cessez-le-feu immédiat, Israël a annoncé poursuivre son offensive militaire sur la Bande de Gaza. Baptisée «Plomb durci», l'opération a tué à ce jour au moins 760 Palestiniens dont des centaines de civils depuis le 27 décembre.

swissinfo: Les médias indiquent que la population israélienne soutient majoritairement l'opération dans la bande de Gaza.

Ernest Goldberger: Oui, c'est malheureusement exact. Ce soutien est très perceptible. Le peuple aime les leaders politiques qui se donnent un rôle fort et qui frappent dur. On le voit dans le fait que le parti travailliste du ministre de la Défense, Ehud Barak, a fortement progressé dans les sondages depuis le début de l'offensive.

swissinfo: La guerre est-elle une composante de la bataille électorale?

E.G.: Absolument. C'est à n'en pas douter un des objectifs de cette guerre, mais il y en a d'autres. On veut donner une leçon à l'adversaire et on veut aider l'Organisation de libération de la Palestine à revenir au pouvoir à Gaza.

Je crois aussi que les Israéliens veulent creuser encore la brèche de la deuxième guerre du Liban de l'été 2006 et démontrer une nouvelle fois le potentiel de frayeur de l'armée israélienne.

swissinfo: Vous habitez à Tel-Aviv. Comment y vit-on les événements?

E.G.: Il règne une incroyable apathie. Les gens n'en parlent pas et ne font que prendre connaissance des événements dans les informations. La guerre n'est pas un sujet de conversation, cela ne fait pas bouger les foules. J'observe douloureusement tout cela, cela me peine.

Même la Bourse a progressé, la hausse est de plus de 10% depuis le début de la guerre, ce qui est un signe que les événements ne sont pas ressentis comme essentiels.

swissinfo: Mais comment la population réagit-elle aux bombardements d'écoles et à toute la misère dans la bande de Gaza?

E.G.: Le gouvernement a tiré les leçons de la deuxième guerre du Liban et il verrouille très clairement les informations. On ne voit pas les images, ou seulement à l'arrière-plan. Les journalistes étrangers n'ont pas le droit d'aller à Gaza et ils sont soumis à une des censures militaires les plus rigides qui soient.

Les images de bombardements sont pourtant diffusées sur CNN et sur Internet, mais beaucoup de gens ne veulent pas les voir. Ils acceptent les explications officielles du gouvernement: «Nous nous défendons, nous luttons contre la terreur, nous n'avons pas le choix.» Ce sont des clichés, martelés sans cesse pour calmer la population qui ne demande pas mieux.

swissinfo: Les roquettes tirées par le Hamas sur Israël sont une réalité. Comment Israël peut-il protéger ses citoyens?

E.G.: Les attaques du Hamas sont condamnables. Rien ne peut justifier le bombardement aveugle de civils. Le Hamas cherche avant tout à faire sauter le blocus de Gaza et à occuper la direction politique contre Israël dans la perspective d'un futur Etat palestinien.

Les deux parties ne tiennent absolument pas compte de la population, ni en Israël ni à Gaza. Un cessez-le-feu a tenu pendant six mois. Il a échoué car Israël n'a pas desserré l'encerclement et l'étouffement de Gaza et a toujours refusé de parler au Hamas.

Mais de l'autre côté, ce dernier a utilisé ces six mois pour s'équiper, en transportant le matériel par les tunnels. Il n'est donc pas étonnant que la guerre ait repris.

swissinfo: Les Israéliens croient-ils vraiment que le Hamas, fortement enraciné dans la population, peut être éliminé?

E.G.: La plus grande partie de la population ne le croit pas vraiment. Mais ce n'est pas la question prioritaire. Les Israéliens veulent donner une leçon à l'adversaire et l'écraser.

Mais l'esprit du Hamas ne va certainement pas s'éteindre. Et même si cela marchait: l'histoire des guerres dans l'humanité montre qu'on trouve toujours de nouveaux moyens pour continuer le combat d'une autre manière.

swissinfo: Y a-t-il un risque que cette guerre mène à une nouvelle radicalisation et donne de l'élan au Hamas?

E.G.: Je le pense, oui. C'est un fait que le Hamas n'est pas aimé, y compris dans la population palestinienne. Il exerce la terreur à Gaza. Toute opposition est brutalement éliminée. Mais face aux attaques extérieures, la population oublie ce que le Hamas lui fait subir.

swissinfo: Actuellement, une solution durable au Proche-Orient semble très éloignée. Que faut-il faire, selon vous?

E.G.: Je ne vois aucun espoir de solution au conflit sans une pression extérieure très, très forte. La solution doit venir de l'étranger, surtout des Etats-Unis. Le nouveau président est très attendu. Il faut aussi que l'UE montre enfin de la fermeté et renforce la pression.

swissinfo: Et qu'en est-il de la conviction que les armes ne résoudront rien et ce dans les deux camps?

E.G.: En ce moment, les tonnes de bombes réduisent à néant toute capacité et toute volonté de comprendre le contexte, les conséquences et sa propre responsabilité.

L'histoire tragique a commencé en 1948 avec la «Nakba» («catastrophe», en arabe), l'occupation puis le peuplement de la Cisjordanie, et la dépossession de leurs droits pour le peuple palestinien.

swissinfo: Comment avez-vous passé ces dernières journées?

E.G.: Je vois la guerre comme une folie, une spirale de violence, comme l'expression d'une douloureuse impuissance et aussi la manifestation d'une culture qui consiste à vouloir régler les problèmes par la violence et qui se propage toujours plus dans la société.

Cette guerre a en outre des conséquences sur le rapport avec les Arabes israéliens, qui forment tout de même 20% de la population. Ces personnes voient tous les jours des parents mourir à Gaza. Et la guerre a aussi des conséquences sur l'image d'Israël dans le monde civilisé.

swissinfo: Vous vous décrivez vous-même comme un Suisse juif atypique en Israël. Etes-vous aussi un juif atypique tout court?

E.G.: Je n'irais pas aussi loin. Le mouvement pour la paix n'est pas mort. J'ai beaucoup d'amis qui partagent mes idées. Mais nous sommes clairement une minorité.

Interview swissinfo, Gaby Ochsenbein
(Traduction de l'allemand: Ariane Gigon)
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LA GUERRE A GAZA

Le 27 décembre 2008, Israël a lancé des raids aériens massifs sur la bande de Gaza. Le 3 janvier, l'offensive terrestre était lancée.

Selon l'AFP, jusqu'au 8 janvier, près de 780 Palestiniens ont été tués dans la bande de Gaza et plus de 3200 autres ont été blessés.

La situation humanitaire est dramatique. Les hôpitaux sont débordés et manquent de tout. L'électricité et l'eau sont partiellement coupées.

En Israël, plusieurs personnes ont été tuées ou blessées par les tirs de roquettes lancées de Gaza.

Le 8 janvier, l'UNRWA a décidé de suspendre ses opérations à la suite d'un tir d'obus israéliens contre un de ses convois qui a fait au moins un mort.

L'ONU appelle à un cessez-le-feu immédiat, mais Israël a indiqué que l'opération continue.

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ISRAËL

1948: Fondation de l'Etat d'Israël sous forme de démocratie parlementaire.

Habitants: 7,1 millions, y compris au Golan et à Jérusalem Est, dont 13'000 Suisses.

Religions: 76% de juifs, 20% de musulmans, 2,1% de chrétiens, 1,9% autres.

Langues nationales: hébreu et arabe.

Langue commerciale: anglais.

Revenu mensuel brut moyen: 6750 shekels (1910 francs)

Climat: zone côtière, montagne, désert.

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ERNEST GOLDBERGER

Né en 1931 à Bâle, il étudie l'économie et la sociologie.

Il émigre en Israël en 1991.

En 2004, publie «L'âme d'Israël, un peuple entre rêve, réalité et espoir», en allemand, aux Editions NZZ.

Il vit à Tel-Aviv avec son épouse, Israélienne originaire du Yémen, et leurs jumelles.

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