Navigation

«Nous voulons un cessez-le-feu durable à Gaza»

Les ravitaillements tels que celui-ci sont rares à gaza. Keystone

Malgré l'opération en cours et son vaste déploiement militaire, Israël ne veut pas éradiquer l'organisation du Hamas dans la bande de Gaza. C'est ce qu'affirme l'ambassadeur d'Israël en Suisse, Ilan Elgar.

Ce contenu a été publié le 11 janvier 2009 - 07:30

L'ambassadeur Ilan Elgar déclare que son pays souhaite conclure à un cessez-le feu de longue durée avec les dirigeants politiques des territoires palestiniens. Une telle mesure permettrait d'assurer la sécurité des populations israéliennes dans le sud du pays, dit-il.

Pourtant, vendredi, Israël a rejeté une résolution des Nations Unies qui demandait la fin des tirs à Gaza, alors que des avions de combat et des chars d'assaut continuaient de pilonner l'enclave palestinienne.

Les attaques israéliennes, qui ont coûté la vie à des centaines de civils, ont été dénoncées par le Comité international de la Croix-Rouge, l'ONU, de même que des gouvernements arabes et européens.

swissinfo: L'ONU pousse en faveur d'un cessez-le-feu dans la bande de Gaza. Est-ce que l'Etat d'Israël est prêt à accepter un tel accord?

Ilan Elgar: Israël a toujours souhaité un cessez-le-feu, même avant cette opération. Nous en sommes arrivés là, parce que le 19 décembre dernier, le Hamas a rompu un accord qui durait depuis six mois. Mais pour appliquer un cessez-le-feu, c'est comme un tango: il faut être deux. Or, le Hamas a enfreint tous les cessez-le-feu prononcés jusqu'ici, et partant, je ne sais pas quelles seraient les chances d'un arrêt des combats à ce stade.

swissinfo: Cette opération ne va pas sonner le glas du Hamas. Dès lors, comment justifier une telle force de frappe?

I.L.: Cette opération ne vise pas à éradiquer le Hamas. Le Hamas est bien ancré dans la société palestinienne et dans la bande de Gaza. Nous ne nourrissons pas l'illusion de pouvoir l'éliminer.

La seule chose que nous tentons de faire est de ramener un sentiment de sécurité au sein de la population du sud d'Israël, et de prévenir d'autres événements, comme ceux qui ont conduit à cette impasse. Nous souhaitons un cessez-le-feu de longue durée. Je ne pense pas que nous puissions raisonnablement espérer davantage que cela.

Nous devons faire comprendre au Hamas quelles sont les conditions d'un cessez-le-feu raisonnable, qui permette d'éviter de blesser des civils et qui rende la vie supportable à Gaza.

Cela signifie que de son côté, le Hamas devrait à son tour s'abstenir de perturber la vie des habitants dans le sud d'Israël, et cesser toute contrebande d'arme de longue portée à destination de Gaza.

Lors de la déclaration du dernier cessez-le-feu, au début de l'année, les tirs de roquettes du Hamas pénétraient dans un rayon de 16 kilomètres à l'intérieur des territoires israéliens. Avec l'interruption de la trêve, ils atteignaient même 40 kilomètres. Durant cette période, le Hamas s'est fortifié et a pris le temps de renflouer son arsenal.

swissinfo: Mais la dureté de l'opération israélienne dans la bande de Gaza, ne risque-t-elle pas de radicaliser certains éléments palestiniens?

I.L.: Franchement, ils ont déjà été suffisamment radicalisés comme ça. Il suffit d'écouter le Hamas ou d'observer ses actes pour s'en convaincre et pour constater qu'une partie de la population palestinienne est radicalisée au-delà de tout ce que l'on pourrait imaginer. On ne peut guère aller au-delà. Une partie de ses membres envisage d'ailleurs ouvertement d'éradiquer Israël. Difficile d'être plus radical que ça.

swissinfo: Mardi, le CICR a franchi un pas inhabituel en critiquant l'opération israélienne dans la bande de Gaza. Il affirme que le droit humanitaire n'est pas respecté, en particulier en ce qui concerne l'acheminement des secours aux civils blessés. Le CICR accuse l'armée israélienne de lui bloquer cet accès.

I.L.: Ce n'est certainement pas ce que nous faisons. Nous n'avons aucun intérêt à blesser des civils ou à les empêcher de recevoir des soins. Mais il est des circonstances dans lesquelles on ne peut pas accéder aux victimes simplement parce que des combats sont en cours.

Je n'ai pas besoin de connaître les détails d'un cas particulier pour savoir que la Croix-Rouge ou n'importe quelle autre organisation ne saurait être empêchée d'accéder à des personnes qui ont besoin d'aide, à moins que des raisons impératives, telles que des tirs, ne le justifient.

swissinfo: Les autorités israéliennes ont utilisé le terme de «proportionnel» pour décrire les opérations en cours à Gaza. Cette description contraste avec l'opinion générale en Occident. Comment expliquez-vous cette différence?

I.L.: Il n'existe pas de définition claire de la proportionnalité. C'est une question d'appréciation. Ce critère n'est pas arrêté dans un texte.

La proportionnalité ne signifie pas que si le Hamas a tiré quelque 8'000 roquettes Kassam au cours des 8 dernières années sur la population israélienne, Israël va devoir à son tour construire le même nombre de fusées et les tirer sur Gaza. Ce que nous voulons, c'est mettre un terme à une situation intenable.

Nous faisons ce que nous pouvons pour éviter de frapper les populations civiles. Mais cette démarche connaît des limites. Je n'ai malheureusement jamais entendu parler d'une guerre au cours de laquelle aucun innocent ou civil ne serait blessé. Les armes qui ne toucheraient que les combattants n'existent pas.

Et on peut déployer énormément d'efforts afin d'éviter de toucher des civils. Mais la densité de la population à Gaza est très forte et le Hamas se sert des civils comme de boucliers. De nombreuses preuves en attestent.

L'armée israélienne a mis au point des méthodes pour éviter de toucher les civils. Nous n'avons aucun intérêt moral, politique ni pratique de toucher celles et ceux qui ne sont pas impliqués dans ce conflit. Sur le plan politique, chaque blessé palestinien est mauvais pour nous, c'est pourquoi nous tenons autant que possible à éviter ce scénario.

swissinfo: Il y a quelques jours, une école administrée par l'ONU a été attaquée par les troupes israéliennes. Les bombardements ont provoqué des dizaines de victimes. Les sources officielles israéliennes ont affirmé que des militants du Hamas se trouvaient à proximité. La fin justifie-t-elle toujours les moyens?

I.L.: L'armée a apparemment trouvé sa cible, puisque deux des personnes tuées étaient des militants du Hamas. Cela dit, le droit international nous autorise à attaquer des installations civiles utilisées à des fins militaires. Etre placé sous l'administration de l'ONU ne confère pas l'immunité. Un peloton du Hamas s'est servi des personnes qui se cachaient à l'intérieur de l'édifice, en espérant que les troupes israéliennes s'abstiendraient de tirer.

swissinfo: Dans le contexte actuel, et face aux critiques lancées par certains gouvernements étrangers, constatez-vous que le ressentiment à l'égard d'Israël a pris de l'ampleur?

I.L.: De toute évidence, ce conflit et les victimes provoquées parmi les civiles ont suscité une controverse et durci le ton.

Mais nous estimons que ces positions et ces critiques sont quelque peu partiales. Nous devons donc prendre en considération le fait que nous ne serons pas traités de manière impartiale. Visiblement, on admet que les Israéliens puissent se faire tuer, mais pas qu'ils rétorquent aux attaques dont ils sont l'objet.

Interview swissinfo : Scott Capper
(Traduction de l'anglais: Nicole della Pietra)

Critiques contre la Suisse

Dans les colonnes de la 'SonntagsZeitung' de ce dimanche, Ilan Elgar critique la Suisse. Il estime que cette dernière a pris parti contre l'Etat hébreu en soutenant la demande d'une réunion extraordinaire du Conseil des droits de l'homme, à Genève, sur la situation à Gaza.

End of insertion

Hamas

Le Hamas a fait son apparition en 1987 lors de la première Intifada.

Il doit son à l'abréviation de Islamic Resistance Movement. En arabe, Hamas signifie aussi «enthousiasme».

Au-delà de l'énoncé de la charte du Hamas, qui en appelle à la destruction d'Israël, les leaders du mouvement ont déclaré qu'ils se préparaient à un conflit de longue durée au cas où Israël refuserait de se retirer des territoires colonisés lors de la guerre de 1967.

Pour la plupart des gouvernements occidentaux, le Hamas fait figure d'organisation terroriste avec laquelle ils refusent de négocier.

En 2006, le Hamas a remporté les élections démocratiques dans les territoires palestiniens.

Il a pris le pouvoir à Gaza en juin 2007, au terme de plusieurs mois de conflit avec le parti rival du Fatah, dont est issu le président palestinien Mahmud Abbas. Ce dernier dirige toujours le secteur ouest des territoires palestiniens.

Depuis l'arrivée au pouvoir du Hamas, Israël a imposé un blocus rigoureux de la bande de Gaza, autorisant uniquement l'accès de biens de première nécessité aux territoires.

Récemment, le Hamas a effectué des tirs de roquettes en direction de la ville israélienne de Sderot. De son côté, Israël affirme que l'invasion actuelle de Gaza a pour but de protéger les populations civiles du sud du pays. Entre les premiers tirs de 2002 et la fin de du mois de décembre dernier, 19 civils israéliens ont été tués.

End of insertion

Le CICR dénonce

La situation des civils «piégés» dans la bande de Gaza est de «plus en plus précaire», s'est inquiété samedi 10 janvier le Comité international de la Croix Rouge (CICR).

«Alors que les opérations militaires entrent dans leur troisième semaine, la situation des civils devient de plus en plus précaire», a indiqué le CICR samedi dans un communiqué. «La population piégée dans des zones où ont lieu des opérations militaires est particulièrement affectée», poursuit-il.

Le CICR, qui a réduit ses activités vendredi dans la ville de Gaza pour des raisons de sécurité, fait état de dizaines d'appel de personnes bloquées dans ces zones qui ne sont pas atteignables et qui ont de plus en plus de difficultés à maintenir le contact avec l'extérieur.

Selon le comité, la pression de la population aux abois augmente sur les humanitaires dont les conditions de travail sont compliquées par les tirs armés.

Parallèlement, la situation médicale empire en particulier pour les soins primaires. «Beaucoup de centre de soins primaires ne marchent plus», souligne ainsi le CICR.

End of insertion
swissinfo.ch

Cet article a été importé automatiquement de notre ancien site vers le nouveau. Si vous remarquez un problème de visualisation, nous vous prions de nous en excuser et vous engageons à nous le signaler à cette adresse: community-feedback@swissinfo.ch

En conformité avec les normes du JTI

En conformité avec les normes du JTI

Plus: SWI swissinfo.ch certifiée par la Journalism Trust Initiative

Joignez-vous à la discussion

Partager cet article

Changer le mot de passe

Souhaitez-vous vraiment supprimer votre profil?