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«Monster's Ball» dans la course

Halle Berry et Marc Forster peuvent se réjouir. Leur film est déjà un succès. Keystone Archive

Le film réalisé par le cinéaste Marc Forster est sur les écrans suisses. Remportera-t-il samedi les deux Oscars pour lesquels il a été nominé? Rencontre.

Ce contenu a été publié le 21 mars 2002 - 08:13

Marc Forster a grandi à Davos et à Zoug. Mais jamais l'idée de suivre le cursus d'une école de cinéma en Europe ne l'a effleuré. Baccalauréat en poche, il part pour les USA et, malgré une pratique plus qu'imparfaite de la langue anglaise, suit la formation de metteur en scène dispensée par l'Université de New York.

Après avoir été primé au Festival du film de Sundance 2000 pour son film «Everything Put Together», il est sollicité pour la mise en scène de «Monster's Ball». C'est ce film, son premier long métrage, qui est nominé deux fois aux Oscars 2002, dans les catégories «scénario original» et «rôle féminin principal» (en l'occurrence, celui tenu par Hale Berry).

«Monster's Ball», une histoire d'amour et de haine dans le «deep south» américain. Et cela dans un contexte bien particulier: la liaison d'un gardien de prison blanc et raciste avec la veuve d'un détenu noir qu'il a exécuté...

swissinfo: Marc Forster, «Monster's Ball» a fait fureur au festival de Berlin et se retrouve avec deux nominations aux Oscars. La tête ne vous tourne-t-elle pas un peu?

Marc Forster: Pour moi, tout ceci n'est qu'illusion et n'a rien à voir avec la réalité. C'est un rêve. Si on prend un tourbillon pareil pour la réalité, l'ego devient prépondérant. Et la créativité disparaît.

L'industrie cinématographique vous porte actuellement une attention soutenue. En avez-vous déjà ressenti les avantages?

M.F.: Oui, bien sûr. J'aimerais bien avoir le temps d'écrire mon propre scénario, mais j'ai déjà accepté deux projets extérieurs et je vais enchaîner leur réalisation.

Pudibonderie américaine

«Monster's Ball» est votre premier long métrage. Quelle a été votre liberté de création?

M.F.: Lors de ma première rencontre avec les scénaristes Milo Addica et Will Rokos, je leur ai dit que je voulais changer deux ou trois choses pour rendre le film plus personnel. Ils étaient d'accord et m'ont dit de faire comme je voulais.

Vous avez pu changer le scénario à votre guise ?

M.F.: Oui. Même la société de production n'a jamais mis son nez dans mes affaires. Une fois le film monté, tout le monde a dit «parfait». Et le film est sorti sur les écrans.

Dans la même version des deux côtés de l'Atlantique ?

M.F.: L'Europe voit ma version du film. Aux USA, nous avons eu quelques problèmes avec la censure.

Sans aucun doute à cause de la scène passionnelle explicite entre les deux personnages principaux ?

M.F.: Tout à fait. Sans cette coupure, le film ne serait sorti que dans quelques rares salles. Aux USA, presque tous les contrats de location des cinémas ont une clause stipulant qu'ils ne doivent pas montrer de films interdits aux moins de 18 ans - sans doute pour ne pas faire de tort au marchand de glaces du coin.

Qu'avez-vous dû couper ?

M.F.: Environ une minute de film; ça va encore, mais tout juste. Mais les négociations étaient absolument grotesques. Imaginez la conversation au téléphone avec une dame de 65 ans: «Mais Monsieur Forster, il est hors de question de montrer une 'chatte' à l'écran».

Hallucinant. Et d'une, 'chatte' est plutôt vulgaire, et de deux, il s'agissait en l'occurrence d'un gros plan sur le bras assez velu de Billy Bob Thornton. Mais rien à faire, il a fallu couper. Et, bien sûr, également tous les mouvements explicites des corps dans l'acte sexuel - ça, c'est trop pour les Américains.

Fiction et réalité, même combat

Les personnages de «Monster's Ball» sont très américains. Est-ce le résultat de votre propre assimilation ?

M.F.: Je n'avais jamais été dans le sud des USA, là où se déroule l'histoire, avant le tournage. J'ai simplement observé les gens pendant mon travail de préparation. Dans les grandes villes comme Atlanta, en Géorgie, on est moins confronté au racisme tel que le décrit le film. Mais à quelques kilomètres de là, on se retrouve en plein 19ème siècle.

Vos «rednecks» racistes ne sont donc pas le fruit d'une exagération ?

M.F.: La réaction de certains de mes amis originaires des états du sud a été: «Mince, c'est tout à fait ma famille.» Et mes personnages ne sont pas du tout exagérés. La réalité est bien pire. Je veux dire que le Ku-Klux-Klan existe bel et bien et lynche toujours à droite et à gauche.

Ce que montre le film est presque normal. Lee Daniels, notre producteur, est afro-américain. Un jour, alors que nous tournions des scènes d'intérieur, la propriétaire des lieux m'a pris à part et m'a demandé : «Est-ce que ça vous dérangerait de le faire attendre dehors?»

Les interprètes

Votre interprète principal, Billy Bob Thornton, n'est pas seulement un acteur adulé, mais aussi un scénariste et metteur en scène à succès. Quels ont été vos rapports ?

M.F.: Je dois avouer que j'étais un peu nerveux au départ. Mais Billy Bob a mis les choses au point tout de suite: il faisait ce film parce qu'il y croyait. Et si j'avais un problème quelconque, je n'avais qu'à lui en parler, il appellerait immédiatement le producteur.

Et sur le tournage?

M.F.: Je n'ai jamais eu d'aussi bons rapports avec un interprète. Je craignais des difficultés avec des acteurs et actrices aussi connus. En fait, je m'étais déjà préparé au pire.

Pas de drames ? Pas de caravane trop petite ? Pas d'eau minérale trop chaude ou pas assez froide ?

M.F.: Pas le moins du monde. Billy Bob Thornton, Halle Berry, Puff Daddy, Sean Combs, tous étaient parfaitement au clair à partir du moment où ils avaient accepté de faire ce film pour un cachet inférieur à leurs exigences habituelles.

swissinfo/Elio Pellin

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