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«Les effets seraient similaires à ceux d’un accident dans une centrale nucléaire»

Tir d'un missile balistique Isklander lors d'un exercice miliaire en Russie. Russian Defense Ministry Press Service via AP

La Russie menace plus ou moins ouvertement d’utiliser des armes nucléaires. Que signifierait l’utilisation de telles armes en Ukraine pour les pays environnants et dans quelle mesure la Suisse est-elle bien préparée?

Ce contenu a été publié le 01 mars 2022 - 12:53

Le président russe a annoncé avoir mis la force de dissuasion nucléaire russe en alerte. Auparavant, Vladimir Poutine avait déjà menacé de manière subliminale d’avoir recours à des armes nucléaires. En Europe, une préoccupation que l’on croyait oubliée depuis la fin de la Guerre froide est donc en train d’émerger.

La ministre suisse de la Défense a déclaré lundi devant les médias que la population ne devait pas avoir peur. «Je considère que l’utilisation d’armes nucléaires est improbable», a déclaré Viola Amherd.

Oliver Thränert, du Center for Security Studies de l’École polytechnique fédérale de Zurich (EPFZ), se veut lui aussi rassurant. «Je considère que l’utilisation d’armes nucléaires est improbable pour le moment. Vladimir Poutine menace pour diviser l’Occident et monter les populations locales contre leurs gouvernements», indique-t-il. Or c’est justement parce que la population a si peur d’une guerre nucléaire que cette stratégie peut fonctionner.

Mais une utilisation réelle des armes nucléaires mettrait Vladimir Poutine lui-même sous une pression massive sur le plan de la politique intérieure. Oliver Thränert est convaincu que la population russe n’approuverait pas l’utilisation d’armes nucléaires.

Des milliers d’ogives nucléaires

Mais indépendamment du sérieux de la menace, quelles seraient les conséquences d’une utilisation d’armes nucléaires?

La Russie dispose d’un arsenal sophistiqué d’armes nucléaires les plus diverses, qui peuvent être utilisées sur terre ou en mer. Certaines ont une portée allant jusqu’à Berlin, Paris ou même New York; d’autres pourraient être utilisées de manière quasi locale en Ukraine. On parle d’armes nucléaires stratégiques et tactiques.

Le président russe Vladimir Poutine en 2016 en uniforme. Keystone / Alexei Druzhinin

«Toutes les armes nucléaires ne sont pas actuellement opérationnelles, mais la Russie dispose au total de plus de 6000 ogives nucléaires», précise Oliver Thränert.

Comme un accident dans une centrale

Selon l’expert en armement nucléaire, l’utilisation d’armes nucléaires en Ukraine aurait «naturellement» des effets en Europe et en Suisse, même si de simples armes tactiques à courte portée étaient utilisées. La radioactivité est en effet transportée par le vent et les nuages.

La Chaîne du Bonheur lance une campagne de dons pour l’Ukraine

Les dons peuvent être effectués sur bonheur.chLien externe ou au numéro de compte postal 10-15000-6 avec mention «Crise en Ukraine».

Dans un premier temps, l'aide se concentrera sur l'accueil des réfugiés dans les pays voisins, notamment en Pologne. La Chaîne du Bonheur travaille en collaboration avec Caritas, la Croix-Rouge suisse, l'EPER, Helvetas, Medair, Médecins sans frontières et la fondation Terre des hommes. En fonction de l'évolution de la situation, la Chaîne du Bonheur prévoit d'étendre son soutien à des projets d'aide à l'intérieur de l'Ukraine. Les dons seront exclusivement utilisés pour l'aide humanitaire.

La Chaîne du Bonheur est une fondation privée. Née d’une émission de ce qui était alors la Radio Suisse Romande, elle est devenue le bras humanitaire de la radio-télévision suisse de service public SSR, à laquelle appartient aussi SWI swissinfo.ch.

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Essayiste suisse spécialiste de géopolitique et de stratégie, Albert A. Stahel confirme cet avis: «Si Vladimir Poutine venait à faire exploser des armes nucléaires tactiques au-dessus de l’Ukraine, nous ressentirions alors - en fonction de l’arme et du vent - quelque chose des retombées radioactives.»

Selon Oliver Thränert, les effets - selon l’arme - seraient similaires à ceux d’un accident dans une centrale nucléaire, mais plus importants que ceux de l’accident du réacteur de Tchernobyl. «Même les armes tactiques ont aujourd’hui une charge plus importante que les bombes atomiques qui ont explosé sur Nagasaki et Hiroshima», précise-t-il.

À quel point la Suisse est-elle bien préparée?

La Suisse est connue pour être bien pourvue en bunkers. La loiLien externe garantit à toute la population une place dans un abri. La Confédération fait même des recommandationsLien externe en matière de provisions domestiques.

Malgré tout, selon Albert A. Stahel, la Suisse n’est plus aussi bien préparée qu’autrefois face à l’utilisation d’armes nucléaires. «Nous étions bien protégés, mais aujourd’hui, il n’en reste plus grand-chose», juge-t-il. Les bunkers de l’armée appartiennent au passé, ils sont désormais loués à des entreprises civiles. La Suisse bien protégée est de l’histoire ancienne.

Un abris civil avec des lits superposés quelque part en Suisse en avril 1989. Keystone / Str

Un constat qui n’est pas partagé par les autorités. «En ce qui concerne les abris, la Suisse dispose d’un très bon niveau d’équipement en places protégées pour l’ensemble de la population», rétorque le Département de la défense (DDPS). Les cantons sont tenus de gérer la planification de l’attribution des places et de l’actualiser régulièrement. «Une annonce de l’affectation aux abris n’est toutefois faite que lorsque la situation en matière de politique de sécurité l’exige, ce qui n’est pas le cas actuellement», ajoute le DDPS.

La Centrale nationale d’alarme exploite son propre réseau de mesure de la radioactivité. Selon le DDPS, 76 sondes réparties dans toute la Suisse transmettent toutes les 10 minutes la valeur mesurée actuelle. En cas de dépassement d’une valeur seuil, l’alarme est automatiquement déclenchée. La situation radiologique est donc surveillée 24 heures sur 24.

La Suisse compte plus de 7000 sirènes qui avertissent la population des dangers. Si des nuages radioactifs devaient souffler sur la Suisse, la population serait invitée à rester chez elle, à fermer portes et fenêtres ou à se mettre à l’abri pendant quelques jours. Les gens pourraient également être invités à avaler des comprimés d’iode afin d’éviter que l’iode radioactif inhalé ne se dépose dans la glande thyroïde.

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