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«La Suisse doit s'ajuster au niveau de prix européen»

La nouvelle conseillère fédérale Doris Leuthard travaille depuis deux mois. swissinfo.ch

La nouvelle ministre de l'économie Doris Leuthard indique à swissinfo ne pas avoir à réinventer la roue mais plutôt à établir ses priorités.

Ce contenu a été publié le 08 octobre 2006 - 10:04

Son élection avait suscité l'espoir d'un vent nouveau au sein du collège gouvernemental. Depuis le 1er août, elle est dans la mêlée.

swissinfo: Vous êtes en fonction depuis deux mois. Comment décririez-vous cette première étape?

Doris Leuthard: Ma priorité jusqu'ici a été d'avoir une vue d'ensemble du département, d'apprendre à connaître mes collaborateurs et les projets en cours. Au Conseil fédéral, il s'agit d'être capable de reconnaître les dossiers difficiles et de savoir où il est important d'intervenir en tant que ministre de l'économie.

J'ai été accueillie très amicalement par mes collègues. Nous parlons beaucoup et il règne une bonne atmosphère.

swissinfo: Envisagez-vous de changer certaines choses au sein du Département que vous avez repris des mains de Joseph Deiss?

D.L.: Je connais très bien Joseph Deiss. Avant même mon entrée en fonctions, nous avions pu parler de nombreux dossiers dont j'ai aujourd'hui la charge. Dans ce sens, j'ai pu reprendre beaucoup de ses priorités. Je ne dois pas réinventer la roue.

Mais je souhaite me concentrer sur l'amélioration de la capacité concurrentielle de la Suisse. Car nous souffrons de nos prix trop élevés. Je suis convaincue que la Suisse doit s'ajuster au niveau européen, afin de pouvoir conserver notre pouvoir d'achat. Il en va de la valeur ajoutée et des places de travail en Suisse.

swissinfo: Nous voterons le 26 novembre sur une aide de 1 milliard de francs pour les dix Etats qui ont adhéré à l'Union européenne en 2004. Pourquoi faudrait-il mettre un «oui» dans l'urne?

D.L.: Selon moi, l'argument le plus important est que ce milliard doit être vu comme un investissement. Un investissement en Europe de l'Est d'une part, et dans nos bonnes relations avec l'Europe d'autre part. En 2005, nos relations économiques avec les pays d'Europe de l'Est ont généré un excédent commercial de 1,4 milliard de francs.

Selon Swissmem, l'association de l'industrie des machines, 17'000 places de travail seront assurées en Suisse dans ce secteur grâce à la coopération avec l'Est. Cela montre bien que l'argent investi dans ces pays revient chez nous.

De plus, le montant de l'aide n'est pas financé par de nouveaux impôts, puisqu'il sera entièrement compensé dans le budget.

swissinfo: On a pu entendre qu'une partie du milliard serait prélevée sur l'aide au développement. D'où vient donc ce milliard, exactement?

D.L.: L'investissement sera étalé sur dix ans, ce qui représente des dépenses de 100 millions de francs par an. Le financement est ainsi conçu que 60 millions par an seront prélevés sur les budgets des départements fédéraux des affaires étrangères et de l'économie.

L'aide que nous accordons traditionnellement aux pays de l'Est sera sensiblement réduite: nous supprimons nos contributions à la Russie, à la Bulgarie et à la Roumanie, qui ne sont pas des pays en développement.

Les 40 millions restants seront prélevés sur le budget global, où nous attendons des rentrées supplémentaires. Des recettes, par exemple, provenant de la taxation de l'épargne des contribuables de l'UE.

swissinfo: Votre parti, le PDC, a récemment critiqué la stratégie de cyber-gouvernement de la Confédération. Est-il selon vous important que les Suisses de l'étranger soient intégrés dans le processus politique, par exemple grâce au vote électronique?

D.L.: Je soutiens le développement des technologies modernes d'information. Les Suisses de l'étranger précisément peuvent rester au courant de ce qui se passe en Suisse grâce à Internet, c'est très important pour eux. Les journaux suisses ne sont disponibles à l'étranger que de façon limitée.

J'ai pu le constater chez des amis vivant à l'étranger: Internet est leur première source d'information. Nous devons aux Suisses de l'étranger de pouvoir s'informer par ce moyen. Cela fait partie du mandat d'information de la Confédération.

swissinfo: L'agriculture, fortement subventionnée, est aussi sous votre responsabilité. Quelle est votre stratégie dans ce domaine?

D.L.: Je n'aime pas l'expression «fortement subventionnée». Les réformes menées jusqu'ici et le projet Politique agricole 2011 nous font progressivement tourner le dos au subventionnement.

Nous transformons le soutien à l'agriculture en encourageant les paiements directs, qui consistent à soutenir les prestations accomplies. Mais ce que les paysans produisent et comment, c'est le marché qui doit le décider.

swissinfo: Quelques mois avant votre élection au Conseil fédéral, vous avez dit aux paysans que le budget agricole ne subirait pas de nouvelle réduction. C'est pourtant ce que prévoit le Conseil fédéral. Comment sortir de ce dilemme?

D.L.: Je dois d'abord préciser que le cadre financier prévu par le Conseil fédéral pour l'agriculture laisse autant de moyens à disposition qu'il n'y en a dans la période actuellement en cours.

Je suis en outre liée par le principe de collégialité et je défends les décisions du Conseil fédéral. Ce qui importe dans cette réforme, c'est la direction générale donnée. Mon parti est d'accord avec ce principe.

Il ne faut pas oublier que le Conseil fédéral a aussi proposé des mesures qui vont faire baisser les coûts. Si nous acceptions les revendications des paysans concernant les coûts et qu'en même temps nous augmentions le cadre financier, nous freinerions de nécessaires adaptations.

Etant donné l'évolution en cours dans le monde, une évolution qui se poursuivra malgré l'interruption du cycle de Doha, un tel coup de frein en Suisse ne serait pas heureux.

Interview swissinfo: Susanne Schanda
(Traduction et adaptation: Ariane Gigon Bormann)

BIOGRAPHIE

Aînée de quatre enfants, Doris Leuthard est née en 1963 à Merenschwand, dans le canton d'Argovie.

Elle a étudié le droit à l'Université de Zurich.

Et effectué des séjours linguistiques à Paris et à Calgary.

Jusqu'à son élection au Conseil fédéral, Doris Leuthard était avocate à Wohlen et à Muri (Argovie).

Elle a été élue en 1997 au Grand Conseil argovien, puis, deux ans plus tard, au Conseil national (Chambre basse).

Après avoir accédé en 2001 à la vice-présidence du Parti démocrate-chrétien (PDC / centre droit), elle en a repris la présidence en 2004.

Doris Leuthard a été élue le 14 juin 2006 au Conseil fédéral (gouvernement fédéral), à la succession de Joseph Deiss.

Le 1er août, elle a repris le Département fédéral de l'économie.

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