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«Il vaut la peine d'agir ensemble, la résignation n'est plus de mise»

Pendant le Sommet social, swissinfo vous propose dans cette rubrique le point de vue d´un participant ou d´un observateur sur l´un ou l´autre des thèmes discutés.

Ce contenu a été publié le 25 juin 2000

Jean Batou est professeur d'histoire internationale contemporaine à l'Université de Lausanne. Il est également membre du Comité suisse de l'Appel de Bangkok qui, de jeudi à dimanche, a organisé à Genève un Sommet social alternatif. Y participaient cinq à six cents personnes, venues d'une soixantaine de pays de tous les continents et représentant quelque 200 organisations non gouvernementales.

swissinfo: Jean Batou, à chaud, car le texte définitif de la résolution finale de ce sommet alternatif n'est pas encore distribué, quels sont les points sur lesquels ses participants ont réussi à se mettre d'accord?

Jean Batou: «Nous avons trouvé des formules de réponses collégiales. Ceux qui sont venus pour défendre une cause particulière, par exemple celle de l'annulation de la dette, assument aussi la position commune adoptée sur d'autres thèmes comme la libéralisation du commerce ou la taxation financière. Cela est tout à fait nouveau. Nous avions des points de vue assez proches les uns des autres, mais nous n'avions pas cette plate-forme commune autour des cinq grands thèmes pour lesquels nous faisons campagne, c'est-à-dire la taxation des capitaux, l'annulation de la dette, les politiques d'ajustement, l'OMC et la libéralisation du commerce, ainsi que les rapports hommes-femmes dans la mondialisation».

- Mais il y a aussi des divergences et des dissensions sur certains de ces thèmes!

- «Oui. Le but de l'Appel de Bangkok n'est pas seulement de chercher un dénominateur commun, mais aussi de clarifier les conditions du débat autour des questions sur lesquelles nous ne sommes pas d'accord. Certains demandent une annulation totale de la dette comme condition d'un développement harmonieux de l'ensemble des pays du tiers monde et des pays en transition. D'autres souhaitent l'annulation prioritaire de la dette des pays les plus pauvres. Il y a aussi des divergences autour des normes sociales et environnementales que les pays du Nord pourraient imposer aux pays du Sud. Ceux-ci y voient un protectionnisme déguisé contre leurs propres activités productives. En fait, bien des convergences se sont exprimées sur ces thèmes, bien au-delà de ce que nous pensions possible».

- Ce Sommet alternatif a également appelé dimanche à une grande manifestation «contre la mondialisation néolibérale et sexiste». Est-ce le seul moyen d'alerter les opinions publiques?

- «Non. La preuve, c'est qu'on a consacré un effort considérable à la réflexion, aux discussions et aux échanges. La manifestation est un moment très important de rassemblement de tous sur des objectifs communs. C'est aussi un moyen démocratique d'expression collective. Les manifestations de Seattle par exemple ont été un élément clef dans la prise de conscience de la montée d'une opposition à l'échelle internationale contre la mondialisation néolibérale. Ce ne sont pas ces manifestations, en elles-mêmes, qui ont provoqué un changement dans l'esprit des gens. Mais c'était un moment de basculement. Tout le monde a compris, après Seattle, qu'il valait la peine d'agir ensemble et que la résignation n'était plus de mise».

- Pourquoi un Sommet alternatif? Pourquoi faire bande à part alors que la Suisse organise un Forum de la société civile ouvert aussi à des organisations non gouvernementales comme les vôtres?

- «La raison essentielle, c'est que ces soi-disant sommets de la société civile sont de plus en plus colonisés par les institutions financières internationales. La Banque mondiale, par exemple, était présente dans toute une série de ces forums comme si elle était partie prenante de la société civile alors qu'elle est un des moteurs de la politique que nous contestons. Il était donc judicieux, ici à Genève, que les opposants à la mondialisation se retrouvent, réfléchissent et fassent part de leurs conclusions avant même la tenue du sommet social des Nations unies et sans se poser en contre-sommet».

- Jean Batou, vous enseignez l'histoire internationale contemporaine. Comment jugez-vous les événements d'aujourd'hui?

- «Si on voulait faire un rapprochement entre ce que nous vivons et une autre période de l'histoire, ça serait avec la fin du 19e et le début du 20e siècles, avec cette période dite de l'impérialisme, de la colonisation et de la croissance rapide des inégalités entre le Nord et le Sud. Cette période-là a connu aussi une vigoureuse réaction sociale, syndicale et politique. Ce fut une ère de renforcement des régulations et de l'intervention étatique dans la vie économique et sociale. C'est à ce moment-là que l'école primaire s'est généralisée alors qu'aujourd'hui on parle de démantèlement des services publics».

«On doit prendre garde à ne pas croire sur parole ceux qui disent que la mondialisation rend inutile toute action politique et toute intervention des acteurs sociaux, parce que ce serait un processus qui nous domine tous. Je crois au contraire qu'on doit se redonner les moyens d'agir à l'échelle internationale. La société civile - collectivement, et non par ses délégués autoproclamés - doit s'engager dans ce processus pour défendre les intérêts des opprimés et des exploités (pour reprendre les formules forgées à la fin du 19e siècle) et pour ouvrir des perspectives sur un autre type de mondialisation que celle qu'on nous impose aujourd'hui».

Propos recueillis par Bernard Weissbrodt

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