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«Il n’y a pas de crise de l’asile en Suisse»

Un réfugié soudanais dans un centre pour réfugiés de Lausanne. Keystone

Le nombre de personnes demandant l’asile a augmenté cette année en Suisse. Mais, selon les experts, il n’y a pas lieu de parler de crise. Ce qui n’empêche pas les cantons de critiquer vertement la Confédération.

Ce contenu a été publié le 02 juillet 2011 - 15:00
Susan Vogel-Misicka, swissinfo.ch

La Suisse a enregistré quelque 8000 nouvelles demandes d’asile depuis le début 2011, dont 2254 en mai. La plupart viennent d’Afrique du nord, selon l’Office fédéral des migrations (ODM).

Les autorités suisses cherchent des solutions pour gérer cet afflux de personnes en quête d’une vie meilleure. Mais le Conseil fédéral (gouvernement), et surtout sa ministre de la justice, sont l’objet de vives critiques.

La semaine dernière, les 26 directeurs cantonaux de police et de justice ont ainsi accusé la Confédération d’envoyer les requérants d’asile trop vite des centres d’accueil fédéraux vers les cantons puis de faire traîner en longueur les procédures de renvoi.

La ministre de la justice Simonetta Sommaruga a admis qu’une accélération des procédures était nécessaire. Elle a aussi assuré que les centres d’enregistrement et de procédure de la Confédération (CEP) prendraient leurs responsabilités. «Mais la politique d’asile reste une mission partagée entre le gouvernement, les cantons et la société», a déclaré la ministre socialiste dans une interview accordée au journal SonntagsBlick.

Réorganisation de l’ODM

La situation de l’asile n’est en aucun cas plus critique que les années précédentes, selon Denise Efionayi-Mäder, directrice du Forum suisse pour l’étude des migrations et de la population de l’Université de Neuchâtel. «Je ne pense pas que la situation soit exceptionnelle. Il y a eu des problèmes d’organisation, certes, mais tout a été trop politisé», affirme-t-elle, interrogée par swissinfo.ch.

«Depuis septembre 2010, la réorganisation de l’Office fédéral des migrations occupe beaucoup de monde. Les réorganisations prennent toujours beaucoup d’énergie et celle-ci n’était pas disponible pour le travail courant. C’est certainement une partie du problème. De plus, les événements du printemps arabe ont renforcé la pression», ajoute Denise Efionayi-Mäder.

Sandra Lavenex, professeure de science politique à l’Université de Lucerne, va dans le même sens. Selon elle, la vague actuelle de requérants d’asile est plus faible que d’autres survenues dans le passé.

«Regardez les statistiques, explique-t-elle. Depuis les années 1990, le nombre de requérants d’asile a diminué de façon significative dans toute l’Europe. Les Etats ont trouvé de nombreuses voies pour rendre l’asile moins intéressant et moins accessible aux requérants, y compris les véritables réfugiés. Apparemment, c’est toujours un sujet qui parle aux citoyens en période électorale.»

Denise Efionayi-Mäder ajoute qu’«en comparaison, la situation durant la guerre des Balkans était bien plus aigüe. Beaucoup de réfugiés arrivant en Suisse avaient désespérément besoin d’aide. On pouvait parler de crise en 1991 et en 1999, mais nous sommes vraiment très éloignés de ce qui s’est passé à ce moment-là.»

Les règles de Dublin

Située au centre de l’Europe, la Suisse n’a, en général, pas à traiter avec les réfugiés arrivant pour la première fois en Europe. Les règles de l’accord de Dublin prévoient que les migrants doivent demander l’asile dans le pays où ils arrivent.

«Les règles de Dublin mettent le fardeau sur les pays frontières, ajoute Sandra Lavenex. Bien sûr, la Suisse bénéficie aussi du système puisqu’elle est protégée par les pays formant la frontière extérieure de l’Union européenne. En termes relatifs, il y a moins de requérants d’asile».

Lorsque les réfugiés se rendent dans un pays voisin, les autorités de ce pays le renverront dans le pays d’où il est parti. «Ces dernières années, il s’est avéré que le système de Dublin ne fonctionne pas très bien. La Grèce est un bon exemple. Le renvoi des requérants d’asile vers la Grèce a été suspendu après un verdict de la Cour européenne des droits de l’homme», rappelle Sandra Lavenex.

Selon la professeure, l’approche européenne est problématique. L’UE délègue ses responsabilités sans s’assurer que les Etats membres ont véritablement mis en place des standards suffisants concernant les procédures et les conditions d’accueil. «Je pense que la règle du premier pays à la frontière n’est pas très équilibrée. En théorie, la Suisse et l’Allemagne ne devraient avoir que les requérants d’asile arrivant en avion», explique Sandra Lavenex.

Printemps arabe

De nombreux réfugiés arrivent aujourd’hui d’Afrique du nord. «Concernant le printemps arabe, j’ai trouvé lamentable qu’une des premières réactions en Europe ait été de craindre l’arrivée de réfugiés. Bien sûr, certains sont véritablement en danger et d’autres sont là pour des raisons économiques», note Denise Efionayi-Mäder.  

Selon elle, il faut trouver de nouvelles voies, plus créatives, dans la politique d’asile. Sandra Lavenex rappelle aussi que les pays européens ont longtemps travaillé avec les régimes autoritaires en leur demandant de contrôler leur immigration. «Mais c’est un droit humain de quitter son pays», dit-elle.

Pays d’immigration

Au fil des décennies, de nombreuses personnes ont abandonné leur pays pour venir en Suisse, certain pour toujours, d’autres pour une courte période. Pour Denise Efionayi-Mäder, la Suisse est un pays d’immigration. «Nous avons une longue tradition d’accueil des travailleurs migrants et de réfugiés.»

Simonetta Sommaruga l’a aussi dit dans l’interview au SonntagsBlick: «Les gens ne sont pas des marchandises que l’on peut importer et ensuite renvoyer.» L’intégration est également un thème important. «Ces 60 dernières années, nous avons intégré environ six millions de migrants, sans compter les travailleurs saisonniers. Cela montre bien que le système suisse fonctionne, mais il y a toujours, sporadiquement, des problèmes», conclut Denise Efionayi-Mäder.

En Suisse

De janvier à mai 2011, 8120 personnes ont déposé une demande d’asile en Suisse.

Pour le seul mois de mai, le nombre de demandes a été de 2254, soit 51% de plus qu’en avril.

La majorité des demandes ont été déposées par des Erythréens (1645), suivis par les Tunisiens (758).

Le ministère de la justice a indiqué que la Suisse offrira sa protection aux réfugiés fuyant les combats mais que les réfugiés économiques tunisiens devraient rentrer chez eux.

Les chiffres actuels sont bien plus bas que ceux de 1999, durant les conflits dans les Balkans et au Sri Lanka. Au total, 38'000 personnes étaient, en mai 2011, en attente d’une décision concernant l’asile. Ce chiffre était de 104'000 en mai 1999.

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Dans le monde

Fin 2010, 43,7 millions de personnes valaient comme personnes déplacées dans le monde, contre 43,3 millions de francs en 2009, selon le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR).

Sur ce nombre, 15,4 millions de personnes avaient fui dans un autre pays, dans 80% des cas vers les pays en développement.

27 millions de personnes sont déplacées à l’intérieur de leur pays.

Le HCR comptabilise aussi 850'000 requérants d’asile.

Un peu plus de la moitié de tous les réfugiés sont des enfants de moins de 18 ans.

Le plus grand groupe de réfugiés est celui des Afghans (3 millions de personnes), la plupart ayant quitté leur pays il y a de nombreuses années.

L’Europe comptait 1,6 million de réfugiés fin 2010, 40'700 de moins que l’année précédente.

Ce chiffre est de 4 millions pour l’Asie, 2,1 millions pour l’Afrique et de près de 7 millions pour le Moyen-Orient et l’Afrique du nord. Les Amériques comptabilisent 800'000 réfugiés selon les termes du UNHCR.

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