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«Cette piste, c'est le Seigneur qui l'a tracée»

Keystone

Wengen fête ce week-end les 75 ans du Lauberhorn. Aujourd’hui, ce rendez-vous représente également un gros enjeu économique pour l’Oberland bernois.

Ce contenu a été publié le 14 janvier 2005 - 10:20

Neuf fois vainqueur de cette descente, Karl Molitor explique à swissinfo ce qui en fait une «classique».

La Formule 1 a son Grand Prix de Monaco, le football son Stade de Wembley, le cyclisme son Paris-Roubaix. Chaque sport a ainsi sa classique absolue, qui acquiert le statut de mythe.

Et pour les as du ski, ce sont les descentes du Lauberhorn à Wengen et de la Streif à Kitzbühel (Autriche).

«Ces deux pistes, c’est le Seigneur qui les a tracées, alors que les autres, ce sont les pelles mécaniques», note Karl Molitor, avec l’espièglerie de ses 85 ans. Le caractère du Lauberhorn en effet doit tout à la topographie de la montagne et rien aux bulldozers.

«Aujourd’hui, la Fédération internationale de ski n’accepterait plus des passages comme le Carrousel ou le tunnel sous la voie de chemin de fer, poursuit Karl Molitor. Mais ils contribuent à donner à cette descente son caractère».

Une piste d’exception

Autre particularité: avec ses presque 4,5 kilomètres, le Lauberhorn fait un bon tiers de plus que toutes les autres pistes de la Coupe du Monde.

C’est également la plus ancienne du circuit. Les courses du Lauberhorn – toujours une descente et un slalom – se disputent depuis 75 ans, et même la Seconde Guerre mondiale ne les a pas interrompues.

Enfant de Wengen, Karl Molitor travaille encore chaque jour dans le magasin de sport que tient désormais son fils. Avec ses six victoires en descente et ses trois autres en slalom et en combiné, l’ancien champion est lui-même un «classique».

Au pied de trois sommets mythiques

«Le saut de la Tête de Chien, avec en toile de fond les sommets de l’Eiger, du Mönch et de la Jungfrau, constitue un spectacle unique», s’enthousiasme Karl Molitor.

Le doyen du Lauberhorn est encore capable de maîtriser la piste, même si ce n’est plus à la même vitesse qu’autrefois. Et il la connaît naturellement par cœur.

Ainsi, le Trou des Autrichiens, où en 1954 sont tombés l’un après l’autre quatre coureurs de l’équipe éternelle rivale de la Suisse, est-il un des rares passages du parcours dont le profil a été modifié à la machine.

Sur cette piste, le degré de difficulté ne cesse d’augmenter au fil des mètres. «Dans le double S avant l’arrivée, lorsque vous avez les cuisses en feu après plus de deux minutes de course, vous pouvez perdre tout ce que vous avez gagné sur le haut, ou alors faire la différence», raconte Karl Molitor.

Et puis, comme le rappelle l’ancien champion, le Lauberhorn doit aussi compter avec la «Guggiföhn». Un caprice de la météo qui, en prenant la forme d’un vent chaud, peut faire fondre la neige et réduire les organisateurs au désespoir.

Sailer, Schranz, Killy… mais peu de Suisses



Comme pour chaque classique dans le monde du sport, l’histoire du Lauberhorn tient de l’épopée. Riche en triomphes, la légende de la piste a vu naître des héros du cirque blanc comme Molitor, Toni Sailer, Karl Schranz, Jean-Claude Killy, Franz Klammer ou Peter Müller.

Côté suisse, après les cracks des débuts, plus aucun skieur ne s’est imposé au Lauberhorn entre 1950 et 1974… quand Roland Collombin est venu interrompre une longue série de victoires essentiellement autrichiennes.

Et puis il y a les tragédies, qui émaillent aussi ces 75 ans d’histoire. Ainsi, en 1991, lorsque l’Autrichien Gernot Reinstadler fait une chute mortelle dans le saut de l’arrivée, au cours des entraînements. Cette année-là, la course est annulée.

25'000 spectateurs



Depuis 1930, il est arrivé que Dame météo oblige la course du Lauberhorn à se tenir ailleurs qu’à Wengen. Mais le plus souvent, c’est bien la station de l’Oberland qui accueille les 25'000 spectateurs de l’événement.

Un événement qui rapporte près de 9 millions de francs à la région touristique de la Jungfrau, avec notamment près de 30'000 nuitées hôtelières. Autant dire que le Lauberhorn est un facteur important de l’économie locale.

swissinfo, Renat Künzi
(Traduction et adaptation, Marc-André Miserez)

Faits

Karl Molitor, natif de Wengen, détient le record des victoires au Lauberhorn, où il s’est imposé neuf fois.
Le dernier Suisse à avoir gagné cette descente est Bruno Kernen, en 2003.
Cette année, Kernen est à nouveau le favori des Suisses.

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En bref

- La course du Lauberhorn à Wengen a 75 ans. Avec la Streif de Kitzbüehl, cette épreuve est «LA» classique parmi les descentes à ski.

- Le Lauberhorn est la plus longue et la plus ancienne piste du circuit de la Coupe du Monde.

- Le parcours est presque entièrement naturel, avec un minimum d’aménagements faits par l’homme. De plus, le décor est grandiose, au pied des sommets de l’Eiger, du Mönch et de la Jungfrau.

- Chaque année, les épreuves et le public qu’elles attirent rapportent à la région près de 9 millions de francs suisses.

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