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«Catastrophe humanitaire» à Gaza

Après les bombes, Gaza subit l'offensive des chars, des hélicoptères et des fantassins israéliens. Keystone

Depuis l'entrée samedi soir des troupes israéliennes dans la Bande de Gaza, le chaos s'est emparé de ce territoire, affirment le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), l'agence des Nations Unies pour l'aide aux réfugiés de Palestine (UNRWA) et le responsable de l'aide suisse sur place.

Ce contenu a été publié le 04 janvier 2009 - 13:32

«C'est une catastrophe humanitaire», déclare dimanche à l'agence de presse ATS le directeur du bureau de la Direction du développement et de la coopération (DDC) dans les territoires palestiniens, Mario Carera.

«Depuis des jours, les camions humanitaires n'ont plus accès à la Bande de Gaza. Il y manque de tout. En raison du manque de fioul, il n'y a plus d'eau, plus d'électricité. Et même une équipe du CICR n'a pas encore reçu l'autorisation des militaires israéliens d'entrer dans le territoire», explique t-il.

«Les appels au cessez-le-feu doivent être entendus... Les populations civiles ne doivent pas devenir les otages des combats», conclut Mario Carera.

Camions bloqués

«A Gaza, nous sommes en pleine crise humanitaire, contrairement à ce que prétendent les dirigeants israéliens», renchérit la Suissesse Suzanne Leuenberger, de l'UNRWA.

De son côté, la porte-parole du Comité international de la Croix-Rouge, Anne-Sophie Bonefeld, affirme que «les camions du CICR, remplis de médicaments, sont bloqués» aux points de passage vers la Bande de Gaza.

«Le CICR a bien des stocks à Gaza, mais étant donné la situation, la distribution est risquée... En ce moment, nous cherchons surtout à protéger notre personnel», ajoute-t-elle.

Dans un communiqué publié samedi soir à Genève, l'organisation avait par ailleurs affirmé que les autorités israéliennes interdisent depuis vendredi à une équipe médicale d'urgence du CICR d'entrer dans la Bande de Gaza. Cette équipe est composée de quatre experts médicaux, dont un chirurgien spécialiste des blessures de guerre.

«Il est absolument nécessaire que cette équipe puisse entrer maintenant, car c'est en ce moment que l'on a le plus besoin d'eux», affirme le responsable de la délégation du CICR en Israël et dans les Territoires palestiniens, Pierre Wettach, cité dans le communiqué.

De son côté, le Département fédéral (ministère) des Affaires étrangères (DFAE) a réitéré dimanche son appel à la cessation immédiate des hostilités.

«Les tirs de roquettes du Hamas aussi bien que l'action militaire israélienne doivent prendre fin», écrit le DFAE. La Suisse exige en outre la réouverture durable des points de passage vers Gaza et la levée du blocus, afin de soulager les souffrances infligées à la population civile et garantir l'accès des secours humanitaires.

Dans la presse suisse

La presse suisse du dimanche se fait évidemment l'écho du début de l'offensive terrestre à Gaza. Outre la couverture des opérations sur le terrain, SonntagsBlick et Le Matin Dimanche, donnent la parole à l'ambassadeur d'Israël en Suisse.

Ilan Elgar justifie la politique de son gouvernement, mais assure que l'offensive cessera dès que les roquettes du Hamas ne tomberont plus sur son pays. Et d'affirmer que le mouvement islamiste a «pris la population de la bande de Gaza en otage».

Le diplomate rappelle que l'armée israélienne téléphone systématiquement aux Palestiniens avant de bombarder leurs maisons. C'est ainsi plus de 100'000 coups de fil préventifs qui auraient été passés par Tsahal. «Nous connaissons tous les numéros», affirme Ilan Elgar.

Sonntag publie quant à lui une interview du président de la Fédération suisse des communautés israélites. Herbert Winter salue l'attitude du ministère des Affaires étrangères, qui dans un premier temps a condamné les tirs de roquette du Hamas. Par contre, il juge «inacceptable» que le président de la commission parlementaire des Affaires étrangères prenne part à une manifestation de rue contre Israël.

Le journal commente également l'actualité du Proche-Orient par la caricature, avec un dessin montrant les trois rois mages porteurs de paquets d'aide humanitaire au logo de la Croix Rouge, sous un ciel strié de roquettes israéliennes et palestiniennes, qui se posent cette question: «quelle étoile devons-nous suivre» ?

La NZZ am Sonntag appelle de son côté Israël à la modération. «Il semble que les autorités aient perdu leur self-control», écrit le commentateur, qui rappelle que la classe politique israélienne - et son ministre de la défense Ehud Barak - est en pleine campagne électorale.

Finalement, pour le journal zurichois, l'offensive terrestre lancée la nuit dernière «va profiter avant tout au Hamas».

Echec au Conseil de sécurité

Sur le front diplomatique, le Conseil de sécurité s'est réuni en session urgente à New York, mais sans parvenir à se mettre d'accord sur une déclaration. Les Etats-Unis se sont opposés à l'appel lancé par la Libye pour un cessez-le-feu immédiat à Gaza.

Pour le représentant américain, Alejandro Wolff, il est inutile de «formuler des déclarations que le Hamas ne ferait qu'ignorer». Il a indiqué avoir attiré l'attention sur «la véritable cause des violences actuelles, c'est-à-dire les tirs de roquettes par le Hamas» contre Israël. «L'auto-défense d'Israël n'est pas négociable», a-t-il ajouté.

La France de son côté a condamné samedi soir l'offensive terrestre israélienne contre Gaza, «comme elle condamne la poursuite des tirs de roquettes» du Hamas contre le sud d'Israël.

«Cette escalade militaire dangereuse complique les efforts engagés par la communauté internationale pour faire cesser les combats, apporter immédiatement une aide aux civils et aboutir à un cessez-le-feu permanent, comme demandé par les 27 ministres de l'Union européenne le 30 décembre», ajoute Paris.

Le président français Nicolas Sarkozy se rend au Proche-Orient lundi et mardi, «sans plan préconçu».

Offensive terrestre

Samedi soir, des milliers de soldats israéliens appuyés par des colonnes de chars et des hélicoptères de combat ont lancé l'offensive terrestre dans la Bande de Gaza, cet étroit territoire d'environ 40 km de long sur 6 à 11 de large, peuplé de 1,4 million d'habitants.

Les autorités israéliennes s'attendent à de longs combats après huit jours de frappes aériennes qui n'ont pas permis à Tsahal de mettre un terme aux tirs de roquettes sur l'Etat hébreu. Pour le Premier ministre israélien Ehoud Olmert, l'offensive terrestre était «inévitable».

L'incursion a déclenché de violents affrontements et un porte-parole du Hamas, Ismaïl Radouan, a averti que Gaza deviendrait un «cimetière» pour les forces de l'Etat hébreu. Le Mouvement de la Résistance islamique a menacé de commettre de nouveaux attentats-suicides en Israël, et promis de tuer et d'enlever les soldats de Tsahal.

Des milliers de manifestants

Samedi, avant même le déclenchement de l'offensive terrestre, des milliers de personnes ont manifesté dans les grandes villes européennes. Ils étaient notamment plus de 20'000 à Paris, réclamant l'arrêt des hostilités et des sanctions contre Israël. Des manifestations ont également rassemblé des milliers de personnes dans nombre de villes françaises.

A Londres, les manifestants ont formé l'un des plus importants défilés dans la capitale britannique depuis ceux organisés contre la guerre en Irak. Les manifestants étaient entre 10'000 et 12'000 selon la police, et plus de 60'000, selon les organisateurs.

Les manifestants ont lancé de vieilles chaussures contre la grille qui barre l'accès à Downing Street, la rue de la résidence du Premier ministre Gordon Brown, en signe de protestation contre l'attitude britannique dans cette crise.

Manifestations également en Allemagne, aux Pays-Bas, en Espagne, en Italie, dans le monde arabe et même en Israël, où plusieurs milliers de personnes ont défilé samedi à Tel-Aviv en brandissant des drapeaux palestiniens.

«Arrêtez le meurtre des enfants», «Solidarité avec Gaza», pouvait-on lire sur certaines banderoles.

swissinfo et les agences

En bref

Le Hamas, au pouvoir dans la bande de Gaza, a récemment rompu la trêve avec Israël - qui impose un strict blocus au territoire – et recommencé à tirer des roquettes sur le sud du pays. L'armée israélienne a répliqué par une semaine de bombardements aériens, avant de déclencher samedi soir une offensive terrestre.

Depuis le 27 décembre, cette opération - baptisée «plomb durci» - a fait au moins 466 morts palestiniens, dont 77 enfants et 23 femmes. Les blessés sont près de 2400.

Selon un bilan de sources hospitalières palestiniennes dimanche soir, quarante Palestiniens ont été tués depuis le début de l'offensive terrestre. L'armée israélienne a de son côté reconnu qu'un de ses soldats avait été tué au combat.

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L'aide suisse à la Palestine

La Suisse est fortement engagée dans l'aide aux réfugiés et aux populations palestiniennes depuis la création de l'Etat d'Israël il y a 60 ans.

Au début, Berne soutenait financièrement les agences des Nations Unies sur place, mais depuis les accorde d'Oslo en 1993, qui ont notamment abouti à la création de l'Autorité palestinienne, la Suisse a ses propres programmes de coopération en Cisjordanie, à Gaza et à Jérusalem-Est.

La DDC (Direction du développement et de la coopération) soutient des partenaires locaux actifs dans les domaines de la promotion des droits de l'homme, des bonnes pratiques de gouvernance ou de l'agriculture, avec un accent mis sur l'aide aux femmes et à la jeunesse.

La Suisse a maintenu son aide à Gaza après l'accession du Hamas au pouvoir en juin 2007, mais elle n'a jamais soutenu directement le mouvement islamiste ni aucune de ses organisations affiliées.

En 2008, le montant total de l'aide suisse à la Palestine s'est élevé à 12 millions de francs. Le 30 décembre, face aux bombardements israéliens sur Gaza, le gouvernement a décidé de débloquer immédiatement 4 millions supplémentaires au titre de l'aide d'urgence à verser au Comité international de la Croix-Rouge et à l'agence de l'ONU pour les réfugiés de Palestine.

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